18 mai 2017
Peut-on mettre les bœufs devant la charrue svp?
Par: Le Courrier
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Les médias maskoutains annoncent depuis quelques semaines, la venue d’un complexe d’habitation sous la bannière Réseau Sélection, une tour de 12 à 15 étages (260 logements), en plein cœur du centre-ville, éventuellement édifié dans l’actuel stationnement Intact, juste à côté du Centre des arts Juliette-Lassonde.

Si on tient compte du fait que l’irritant majeur au centre-ville est le manque d’espace de stationnement pour les résidants, les travailleurs, les professionnels, les touristes et les consommateurs… quel est donc le scientifique, le technocrate ou le lobbyiste qui a su convaincre l’administration municipale que la solution résiderait dans la soustraction de 188 cases de stationnement?

Mon petit doigt m’a dit que la Ville tiendrait deux séances d’information (et non de consultation) d’ici quelques semaines, au sujet du réaménagement de la Promenade Gérard-Côté et du projet de Réseau Sélection.

A-t-on oublié la question du stationnement?

La firme Daoust-Lestage aurait été mandatée, pour 335 000 $, afin de réfléchir sur le nouveau visage de la promenade qui longe la rivière Yamaska du pont Barsalou à l’avenue Pratte. Pourquoi le mandat de cette firme ne pourrait-il pas être élargi afin de mener une réelle consultation citoyenne qui pourra mener à l’élaboration d’un véritable plan de revitalisation intégrée (PRI) de ce secteur névralgique de notre ville?

Comme je côtoie autant les citoyens que les commerçants, artistes, gens d’affaires et intervenants communautaires du centre-ville, il va de soi que j’entends… et écoute les commentaires, les questionnements et les inquiétudes d’autant de personnes qui ne sont pas des spécialistes en urbanisme et en développement économique, mais qui ont « les deux pieds dedans ». Ces citoyennes et citoyens doivent donc pouvoir s’exprimer véritablement et être entendus.

Le projet de stationnement étagé (3 ou 4 niveaux), dont j’entends parler depuis des années, devrait être priorisé. Ce chantier créera temporairement une pression indéniable sur la circulation au centre-ville, mais ce sera pour une période relativement courte et dont l’effet final sera de soulager la problématique de départ.

Par contre, l’éventuelle construction de l’édifice de Réseau Sélection, retrancherait définitivement 188 cases de stationnement, tout en augmentant l’achalandage du secteur… sans créer de marge de manœuvre pour les actuels usagers. Cette option relèguerait la construction du stationnement étagé à 2019 (?).

Des options de transition sont déjà en branle, mais cela nécessitera la destruction d’édifices à logement sur les rues Marguerite-Bourgeoys et St-François. L’éviction et la relocalisation des locataires, malgré l’excellent travail du directeur général de l’OMH (Office Municipal d’Habitation), ne sont pas sans conséquence. Le déracinement crée des impacts réels sur la santé des gens, tant au plan physique que psychologique. 

J’ajoute que, selon les prévisions, les édifices démolis ne nous permettront pas de bénéficier de nouvelles cases avant l’automne 2018. Par-dessus tout, c’est le bassin de logements à prix abordable qui se voit diminuer et cela a de quoi inquiéter. 

Si la direction de la Ville de St-Hyacinthe confirme sa trajectoire actuelle et le début du chantier de la tour en 2017, ce seront potentiellement 18 mois de grand bourbier que nous vivrons dans ce secteur, période durant laquelle l’achalandage des commerces et le coefficient de fidélisation des clientèles chuteront, impactant la santé des commerces (librairie, restaurant, mercerie, cordonnerie, fleuriste, barbier, centre des arts…). 

Bien des projets séduisants, de prime abord, comportent des impacts négatifs réels, mais niés, ignorés ou tus bien souvent au profit d’intérêts distants, sans retombée directe pour les citoyens concernés. 

Une subvention indirecte

Le gagnant réel sera Réseau Sélection qui bénéficiera d’une subvention indirecte puisque c’est l’administration municipale qui doit défrayer l’achat d’édifices et leur démolition, ainsi que l’aménagement de cases dans les espaces ainsi créés, et ce, afin de faciliter l’implantation de la tour d’habitation. C’est ici que l’on constate que le séduisant 60 M$ d’investissements, que nous fait miroiter le promoteur, affecte la colonne des dépenses de la communauté. Tout ça, pour moins de stationnements et moins de logements à prix abordable… au bout du compte?

Réseau Sélection, un projet dit structurant? Il est permis d’en douter

Si on se réfère à l’Institut de la statistique du Québec, le profil des consommateurs qui viendront s’installer dans la nouvelle tour (Traumatisante… architecturalement parlant, c.-à-d. créant un déséquilibre avec les édifices des alentours), se caractérise par un mode de vie autosuffisant puisque la géante résidence offrira probablement tous les services (restaurant, pharmacie, massage, piscine/spa, coiffure, buanderie) comme bien des complexes résidentiels qu’il m’a été donné de visiter à Montréal et à Trois-Rivières. Aucun impact significatif sur le plan de l’achalandage des commerces environnants ne peut être attendu comme une manne salvatrice à la problématique maskoutaine.

La solution doit venir d’ici et non par l’implantation d’une recette proposée par des investisseurs d’ailleurs. Réseau Sélection nous invite à « prendre l’autoroute » à grande vitesse, mais la route (et les stationnements) n’est pas pavée, les conditions ne sont pas favorables actuellement pour accueillir un tel complexe. 

Bien qu’on ait entendu que le projet ne soit pas encore attaché (ficelé, diraient certains), plusieurs craignent de se voir muselés puis ligotés dans ce scénario qui pourrait (j’insiste) être taxé d’impulsivité et d’improvisation.

La parole est à nous et il est important que nous soyons nombreux lors des deux rencontres prévues par la Ville de Saint-Hyacinthe au Centre des arts Juliette-Lassonde, à la fin mai et au début de juin, tout comme il est souhaitable que nous prenions plus souvent la parole (la plume, le téléphone ou le clavier) afin d’exprimer nos questionnements, doutes et inquiétudes, et de rappeler que, bien que le projet de Loi 122 sur la Gouvernance municipale risque de faire disparaître les derniers mécanismes d’exercice démocratique entre les élections, nous sommes toujours là, éveillés, intéressés, engagés et concernés.

À qui appartient la ville?

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