27 octobre 2016
Piégée dans la bureaucratie canadienne
Par: Rémi Léonard
Audine Archelery ne peut plus fréquenter l’EPSH depuis qu’Immigration Canada a refusé de renouveler son permis d’étude. Il ne lui manque qu’une session pour compléter sa formation en « Santé, assistance et soins infirmiers » . Photo François Larivière | Le Courrier ©

Audine Archelery ne peut plus fréquenter l’EPSH depuis qu’Immigration Canada a refusé de renouveler son permis d’étude. Il ne lui manque qu’une session pour compléter sa formation en « Santé, assistance et soins infirmiers » . Photo François Larivière | Le Courrier ©

À quelques mois de l’obtention de son diplôme, une étudiante de l’École professionnelle de Saint-Hyacinthe (EPSH) se retrouve incapable de compléter son parcours scolaire, faute de permis d’étude.

Originaire de la Guadeloupe, Audine Archelery suivait le programme « Santé, assistance et soins infirmiers » depuis janvier 2015, une formation de deux ans qui permet aux finissants de devenir infirmiers auxiliaires. Elle aurait normalement dû terminer cet hiver, mais son parcours scolaire est présentement en arrêt forcé.

Un simple renouvellement de son permis d’étude s’est transformé en véritable cauchemar administratif, a-t-elle témoigné. Selon ses dires, les ennuis ont débuté lorsqu’Immigration Québec a égaré son dossier, ce qui a causé un dépassement des délais au ministère fédéral, puisque les deux paliers de gouvernement doivent approuver la demande.

Même en expliquant de bonne foi son retard, la réponse d’Immigration Canada a été un avis d’expulsion reçu le 5 juillet. « J’ai pourtant fait tout ce qu’il fallait », prétend la jeune mère de famille. Pour respecter ses obligations, elle a quitté le pays le lendemain en faisant un aller-retour à la frontière américaine afin d’envoyer une demande hors Canada.

Après deux tentatives et tous les frais qui en découlent, le permis lui a été refusé pour une série de raisons qu’elle réfute toutes sans hésiter, dont le fait qu’elle n’ait pas l’argent pour assurer sa subsistance. Son souhait initial était de rester ici pour faire une technique en soins infirmiers, mais elle affirme même être prête à quitter le Canada si les services d’immigration l’exigent. Normalement, un étudiant étranger doit en effet quitter le pays à la fin de son séjour. « Tout ce que je veux, c’est simplement de finir mes études pour obtenir mon diplôme. Je ne veux pas avoir fait tous ces efforts pour rien », a-t-elle insisté.

Embourbée dans le système

En plus de critiquer la rigidité du ministère dans l’application de ses règles, elle questionne aussi la compétence du personnel de l’immigration. « À chaque appel, j’ai des réponses différentes », s’est-elle étonnée, ajoutant que ses interlocuteurs ne semblent pas bien connaître leurs propres lois.

Elle a aussi contacté le bureau de la députée Brigitte Sansoucy en juillet pour tenter de faire bouger les choses. La néodémocrate a indiqué au COURRIER avoir interpellé directement le ministre de l’Immigration, John McCallum, puisque cet exemple révèle aussi des lacunes dans les façons de faire d’Immigration Canada. « Les étudiants étrangers sont des mines d’or pour notre pays. Ce n’est pas normal d’avoir des délais pareils et des informations contradictoires », a-t-elle soutenu, disant qu’il fallait absolument « simplifier les procédures ». La situation d’Audine Archelery est d’autant plus « déplorable » qu’elle a toujours agi de bonne foi avec les autorités, selon la députée de Saint-Hyacinthe-Bagot.

Le sénateur Jean-Guy Dagenais a aussi été approché pour porter le dossier à l’attention du ministre de l’Immigration. Malgré ces démarches, le ministère considère toujours le dossier d’Audine Archelery comme « terminé », selon Brigitte Sansoucy. Aux dernières nouvelles, une employée d’Immigration Canada a en effet répondu à l’étudiante que le refus de renouvellement était une « décision définitive qui ne peut être reconsidérée ».

Le temps presse pourtant plus que jamais pour l’étudiante. À défaut d’être reconnu comme étudiante, son statut de visiteur expire à la fin de l’année. « C’est tous mes plans qui dégringolent pour des raisons purement administratives », a clamé celle qui se demande encore pourquoi son pays d’accueil s’entête à se priver d’une future infirmière.

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