14 avril 2016
Entrevue avec Yves Gauvin, apiculteur
Pour l’amour des abeilles
Par: Le Courrier
Yves Gauvin est sur un comité de survie des pollinisateurs. Il est toujours actif comme membre au niveau de la Fédération des apiculteurs et il continue aussi de s’impliquer dans la poursuite des communications à l’intérieur du monde agricole avec le CRAAQ et la table ­filière apicole dont fait partie l’UPA.

Yves Gauvin est sur un comité de survie des pollinisateurs. Il est toujours actif comme membre au niveau de la Fédération des apiculteurs et il continue aussi de s’impliquer dans la poursuite des communications à l’intérieur du monde agricole avec le CRAAQ et la table ­filière apicole dont fait partie l’UPA.

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À quoi attribuez-vous les ­problèmes environnementaux et en particulier ceux en lien avec le déclin des abeilles ces dernières années?

Les problèmes que connaissent les abeilles sont beaucoup en lien avec ­l’évolution de l’agriculture. D’immenses progrès ont été réalisés en agriculture avec la modernisation des équipements et la spécialisation, d’où la grande ­amélioration des rendements.

Cependant, les problèmes auxquels vous faites allusion ne sont pas la faute des agriculteurs. Il faut plutôt s’en prendre au désengagement des ­gouvernements. C’est la conséquence majeure du manque de contrôle sur ­l’emploi des fertilisants et des pesticides. Il en résulte que les compagnies qui vendent ces produits ont le rôle de « s’autoréguler ». Au bout du compte, ce sont les agriculteurs qui paient un lourd prix pour l’utilisation de ces produits chimiques.

À titre d’apiculteur, quelles actions avez-vous mises en place sur vos terres pour améliorer la qualité de l’environnement?

Sur ma propriété, j’ai quelques arpents que je laisse en friche. Donc je ne fais rien de spécial, je laisse la nature aller et les abeilles s’en portent bien. D’autre part, je persiste à maintenir le dialogue avec les entreprises qui fournissent les produits de synthèse aux agriculteurs.

J’ai tenté de trouver des solutions au problème des nuages de poussières ­soulevées lors des semis avec des ­semences enrobées et qui contribuent à tuer les abeilles. On s’entend que ­personne n’a un intérêt ou une volonté de polluer l’environnement, que ce soit dans l’industrie chimique ou directement en agriculture. C’est une conséquence que tout le monde voudrait éviter. J’ai également approché des fermes de ­recherche afin de trouver des solutions à ces problèmes causés par les épandages. J’ai pensé par exemple qu’on pourrait améliorer les enrobages des semences pour les rendre inoffensifs. Ce que j’ai entendu de certaines compagnies, c’est qu’on préférait payer pour les dommages dont on avait la preuve. Mais j’ai réussi à faire valoir que le problème est beaucoup plus global et qu’il faut améliorer les ­méthodes de production, car ce ne sont pas seulement quelques ruches par-ci par-là qui sont touchées, mais l’ensemble du territoire.

Comment voyez-vous la collaboration entre agriculteurs et apiculteurs?

Avec l’évolution de l’agriculture, les ­pollinisateurs indigènes peuvent difficilement vivre autour des champs parce que les boisés et les écosystèmes naturels sont très diminués. C’est là que l’abeille devient nécessaire et que les apiculteurs collaborent avec les agriculteurs en apportant des ruches sur le terrain. Ce service fourni aux agriculteurs a une valeur monnayable ­pleinement reconnue. Polliniser les cultures des agriculteurs compte maintenant pour 50 % de nos revenus. C’est un virage majeur dans l’industrie de l’apiculture. En particulier en Montérégie où les sources de nourriture pour les abeilles dans les champs sont très rares à cause des monocultures. On voit que la collaboration entre les apiculteurs et les agriculteurs est essentielle et bien ­présente. On peut dire que l’apiculture est une industrie qui évolue en même temps que les pratiques agricoles.

Au Québec, avec la nouvelle loi sur les pesticides, il sera nécessaire d’avoir accès à des semences non enrobées avec les néonicotinoïdes. Évidemment, il y aura des produits de remplacement. Et bien sûr, s’il y avait suffisamment de fleurs sauvages autour des champs, les abeilles ne seraient pas affectées par les ­pesticides, car elles n’auraient pas besoin d’aller sur le maïs ou le soja. Mais il faut être bien conscient que des changements drastiques dans l’industrie sont ­impossibles à envisager. On observe ­toutefois un cheminement dans la bonne direction. Il y a des progrès certains dans la conscience et les mentalités, ce qui entraîne des actions concrètes. Nous sommes à peine sortis d’une époque où on manquait de tout. Maintenant, nous réussissons avec les pratiques modernes à nourrir des villes de plusieurs millions d’habitants. On ne peut pas penser à retourner en arrière.

Je crois qu’à force de développer de plus en plus le dialogue entre les ­différents producteurs agricoles, on pourra arriver à une amélioration globale et sensible dans notre environnement.

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