5 août 2021
Dossier Exceldor devant la CPTAQ
Pousser sa chance
Par: Le Courrier
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De rebondissement en rebondissement, la demande d’exclusion pilotée par la MRC des Maskoutains pour le compte de la Ville de Saint-Hyacinthe et de la coopérative Exceldor auprès de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) est une saga fascinante à suivre, bien qu’elle touche (enfin!) à sa fin.

Tellement qu’il est risqué d’écrire à ce sujet à ce stade-ci du dossier. Les parties ayant eu la chance de réagir au changement d’orientation du chien de garde de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA), la balle est dans son camp. La CPTAQ pourrait décider d’entendre une dernière fois les parties impliquées ou rendre une décision à tout moment si elle juge une audition inutile tant les positions sont campées.

Dire que la CPTAQ a surpris tout le monde en changeant son fusil d’épaule dans le dossier Exceldor est un euphémisme. Après avoir refusé d’exclure 24 hectares de la zone agricole au profit de la Ville de Saint-Hyacinthe, la CPTAQ avait sèchement rabroué la MRC des Maskoutains quand elle lui avait soumis une demande identique quelques mois après.

Les carottes semblaient cuites, jusqu’à ce que la MRC plaide sa cause lors d’une audition de la dernière chance. Dans un revirement complet de la situation, les commissaires ont finalement ouvert la porte à l’exclusion d’une parcelle d’environ 10 hectares. Celle-ci ne doit servir qu’à permettre la construction de l’usine Exceldor. Comme on le sait, la coopérative avicole souhaite relocaliser sa vétuste usine de Saint-Damase à Saint-Hyacinthe, le long de l’avenue Pinard, dans le prolongement du parc Olivier-Chalifoux.

L’Union des producteurs agricoles de la Montérégie a fait connaître son mécontentement devant tant de « faiblesses et d’incohérences ». « Il est aberrant de la voir la Commission changer complètement son fusil d’épaule. […] La Commission fait fi de l’ensemble des critères reliés à la LPTAA et annonce qu’elle compte désormais autoriser en partie un usage autre qu’agricole sur des motifs étrangers au cadre législatif qui encadre habituellement ses décisions. » En entrevue à La Terre de chez nous, l’organe de presse de l’UPA, le président de la section montérégienne, Jérémie Letellier, a même suggéré une pression ou une intervention externe sur les commissaires. « On n’a aucun indice que la CPTAQ est sous influence, mais c’est très étrange de voir un tel changement d’orientation basé sur de nouveaux arguments qui ne sont clairement pas valables et de pseudo-critères qui ne sont même pas dans la loi », a indiqué M. Letellier.

En matière d’influence, c’est habituellement l’UPA qui a le gros bout du bâton, du moins auprès du gouvernement. C’est pour ne pas s’attirer les foudres des producteurs que Québec a résisté à l’idée de céder les hectares demandés par décret.

Dans le dossier maskoutain, les commissaires ont plutôt compris le gros bon sens en se rendant aux arguments d’Exceldor. Un abattoir ne jure pas sur une terre agricole et il est impensable d’envisager de déménager l’usine de Saint-Damase hors de notre MRC, ne serait-ce que pour des raisons de main-d’œuvre. Ce qui suppose par contre de se rendre aux arguments des demandeurs quand ils disent qu’il n’y a aucune autre option disponible sur le territoire maskoutain.

De son côté, la MRC a décidé de pousser sa chance. Plutôt que de se satisfaire de 10 hectares inespérés, elle ose en demander trois de plus. Et pourquoi pas? Elle plaide que 13 hectares est le minimum requis pour permettre à Exceldor de réaliser ses plans, qui doivent se déployer en deux phases sur 10 à 15 ans.

Lors d’une audience tenue devant la CPTAQ, Exceldor avait expliqué que la phase 1 nécessitait un terrain de 8 à 9 hectares. Elle s’était aussi engagée à laisser en culture les hectares prévus au déploiement de la phase 2 jusqu’à ce qu’elle puisse voir le jour.

Alors au final, la CPTAQ doit choisir entre exclure 10 ou 13 hectares.

Dans tous les cas, il y a fort à parier que l’UPA va crier, voire hurler, son indignation et que le projet Exceldor sera lancé pareil à Saint-Hyacinthe, peu importe que ce soit 10 ou 13 hectares autorisés. La région maskoutaine en sortira donc gagnante en matière d’investissements et d’emplois. N’en déplaise à l’UPA, la récolte sera bonne.

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