30 mai 2019
Élections fédérales du 21 octobre
Premières divergences maskoutaines
Par: Martin Bourassa

Parmi les principaux partis politiques sur la scène fédérale, seul le Parti conservateur du Canada ne semble pas reconnaître l’urgence et l’importance de soutenir les médias traditionnels face aux géants du web, par la mise en place d’un programme d’aide spécifique. Photothèque | Le Courrier ©

Le passage à Saint-Hyacinthe du chef conservateur Andrew Scheer pour lancer officiellement la campagne du candidat Bernard Barré dans Saint-Hyacinthe-Acton a donné lieu au premier affrontement de cette campagne en devenir.

C’est le thème de l’aide financière aux médias d’information qui a servi de prétexte aux premières divergences de fond entre le chef conservateur et le candidat bloquiste du comté, Simon-Pierre Savard-Tremblay, qui a pris la balle au bond.

Interrogé par les représentants des médias présents au centre de congrès de Saint-Hyacinthe sur le plan libéral du gouvernement Trudeau qui prévoit un soutien de 595 millions de dollars sur 5 ans pour aider les médias du pays à faire face à la crise qu’ils traversent, M. Scheer a laissé entendre qu’un tel programme ne survivrait pas à l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire et a fermé la porte à l’idée de taxer les géants du web comme Facebook. « On va chercher les mécanismes à utiliser pour assurer que c’est le marché libre qui décide, pas le gouvernement », a-t-il déclaré.

Cette sortie a fait réagir vivement le candidat Savard-Tremblay. « Le “libre marché” dans… une industrie où les géants américains du web dictent les politiques publiques d’Ottawa! Ces corporations ne sont pas soumises à la même réglementation fiscale que nos médias locaux et nationaux et on compte garder les bras croisés! Sous le règne Harper, jamais l’industrie des médias n’a autant souffert par les coupes budgétaires. […] M. Scheer annonce aujourd’hui qu’il laisse le marché contrôlé par les lobbyistes s’occuper de la justice fiscale. Encore une fois, ce parti méprise complètement le travail réalisé par les professionnels de l’information au Québec. »

Celui qui a aussi été chroniqueur au Journal de Montréal a ajouté que « le Bloc Québécois ne craint pas d’être remis en question par les journalistes. Nous travaillons à visière levée et nous estimons que c’est un droit fondamental pour les citoyens que celui d’être informés des actions des élus qui les représentent. »

Formation d’un comité

Le gouvernement Trudeau a annoncé récemment la formation d’un comité d’experts indépendant qui devra déterminer les critères d’admissibilité aux mesures fiscales qui visent à soutenir les médias.

Il a ainsi demandé à huit associations journalistiques canadiennes de se nommer un représentant au sein d’un premier comité. Ce dernier devra établir les règles et modalités d’une certification qui sera obligatoire pour qu’un média puisse souscrire au programme d’aide qui prendra entre autres la forme d’un crédit d’impôt remboursable de 25 % sur les coûts de main-d’œuvre liés à la production de contenu et de différents crédits sur les frais d’abonnement à des médias numériques ou à l’égard de don à un organisme de journalisme à but non lucratif comme La Presse + par exemple.

Pour la démocratie

Du côté du NPD, le chef adjoint du parti, Alexandre Boulerice, a annoncé que, contrairement aux libéraux, le NPD n’hésiterait pas à taxer les géants du web que sont Google, Amazon, Facebook et Apple. Pour sa part, la députée néodémocrate de Saint-Hyacinthe-Acton, Brigitte Sansoucy, appuie depuis longtemps l’idée que le gouvernement fédéral aide les médias traditionnels à survivre à l’ère numérique.

Mme Sansoucy avait publié une lettre ouverte en ce sens en décembre 2017, dans laquelle elle pressait le gouvernement libéral d’agir rapidement, « sinon de nombreux journaux devront cesser leurs activités, ce qui n’est pas envisageable. »

« Les journaux papier jouent un rôle extrêmement important dans notre société, voire même dans la pérennisation de notre démocratie. Ils transmettent l’information au plus grand nombre, ils sont des éveilleurs de conscience indispensables et fournissent une information locale de qualité importante pour les citoyens. […] C’est bien pour cela qu’ils sont si importants et toujours d’actualité dans une démocratie comme la nôtre. Les citoyens de mon comté ne peuvent concevoir notre communauté sans ses médias locaux », avait soutenu la députée Sansoucy dans son vibrant plaidoyer.

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