26 mai 2011
Profession : pilote du « Air Force One canadien »
Par: Nicolas Dubois

Imaginez devoir piloter un Airbus 319 avec près d’une centaine de personnes à bord d’un bout à l’autre du Canada dans des conditions météo pas toujours gagnantes. Déjà un défi en soi. Imaginez que votre principal passager est nul autre que le premier ministre du Canada. Un brin surréaliste. C’est ce qu’a vécu Daniel Marchesseault, un Maskoutain d’origine, qui a été l’un des quatre pilotes de l’avion des conservateurs lors de la dernière campagne électorale.

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Moncton en Nouvelle-Écosse, Rivière-du-Loup au Québec, London en Ontario, Winnipeg au Manitoba, Edmonton en Alberta, Victoria en Colombie-Britannique, en passant par Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest, Daniel Marchesseault peine à se souvenir, dans un ordre chronologique, de tous les aéroports au pays où il a dû poser le Airbus 319 et ses passagers pendant la campagne électorale.Ce dont il est certain, c’est qu’il a fait cinq fois le tour du Canada pendant la campagne. Une expérience qu’il n’est pas près d’oublier, a-t-il confié, en entrevue au COURRIER. « Voir le premier ministre dans son quotidien, la sécurité accrue autour de M. Harper et le travail des journalistes, c’est définitivement la plus grande expérience de ma vie », a raconté M. Marchesseault, qui a déjà piloté des avions avec à bord les membres des Rolling Stones et du groupe U2. Il faut dire que M. Marchesseault avait la tête de l’emploi : après avoir passé 11 ans dans les Forces armées canadiennes comme pilote de chasse, il travaille depuis 23 ans chez Air Canada. Il compte à son actif plus de 14 000 heures de vol. Lors de la campagne électorale fédérale en 2008, il a été le pilote du leader du NPD, Jack Layton, aujourd’hui devenu chef de l’Opposition officielle à Ottawa. Ne pilote pas qui veut l’avion du premier ministre. Les aviateurs sont choisis en fonction de leur expérience et de leur degré… de bilinguisme! Une enquête est aussi effectuée par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur les candidats. Les pilotes reçoivent ensuite une formation sur les mesures de sécurité entourant le transport du premier ministre.Le pilote explique avoir eu quelques échanges cordiaux avec M. Harper. Il le décrit comme un type sympathique, réservé et très professionnel. « Mes discussions avec le premier ministre étaient de courte durée, nous avions tous les deux beaucoup de travail. Outre les convictions politiques, que tu sois conservateur, libéral, néo-démocrate ou bloquiste, c’est toute une expérience que de piloter le premier ministre. » M. Marchesseault a même été l’une des rares personnes invitées à la suite d’hôtel de Calgary où Stephen Harper a célébré sa victoire avec sa famille et ses proches conseillers. « Je peux vous le confirmer. C’est bel et bien vrai que M. Harper n’a pris qu’une seule gorgée de champagne! » Bien qu’il a piloté l’avion d’un bout à l’autre du Canada, le Maskoutain n’a pas eu le temps de jouer les touristes. Il explique que son travail, de concert avec les trois autres pilotes de l’équipe, est un travail de 24 heures par jour, sept jours sur sept. « Quand tu ne travailles pas, tu dors! », a-t-il précisé. « Nous, les pilotes, nous n’avons pas le droit à l’erreur. On ne peut pas réussir 99 % de nos atterrissages. Il faut réussir cent fois sur cent. Il faut demeurer constamment alerte. »M. Marchesseault affirme n’avoir jamais senti de pressions indues puisqu’il pilotait l’avion du premier ministre. « Sur le coup, tu es concentré. Mon travail est de transporter des personnes du point A au point B dans la plus grande sécurité. Mais oui, tu gardes tout de même en tête que ton principal passager est le premier ministre! »

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