11 mars 2021
Quand les musiciens se font dicter le rythme par une pandémie
Par: Maxime Prévost Durand

Le couple de musiciens formé de Josiane Rouette, trompettiste, et d’Éric Pothier, batteur. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le batteur maskoutain Olivier Savoie Campeau. Photo gracieuseté

Lorsque la pandémie a frappé, le batteur Olivier Savoie Campeau était au cœur de sa plus grosse tournée à vie avec Marie-Mai. De son côté, le couple de musiciens formé d’Éric Pothier et de Josiane Rouette, respectivement batteur et trompettiste, continuait de gagner sa vie principalement à travers les spectacles, en participant à différents projets. Retour sur une année sans musique… ou presque.

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« Ç’a tellement tombé drastiquement que ça en est fou. J’ai fait trois spectacles en un an. Habituellement, c’est pas mal toutes les fins de semaine, avec au moins un spectacle par fin de semaine. Même chose pour Josiane », lance d’entrée de jeu Éric Pothier, qui cumule une vingtaine d’années d’expérience dans le milieu, tout comme sa conjointe.

Parmi les trois musiciens maskoutains interrogés, Olivier Savoie Campeau est celui qui a pu jouer le plus. « Il y a eu un regain durant l’été, où il y a eu des spectacles dans les ciné-parcs. J’en ai fait quelques-uns avec Marie-Mai entre autres, souligne-t-il. Il y a aussi eu un show organisé sur le toit du Stade olympique avec Miro auquel j’ai participé. »

Outre ces spectacles, Olivier a repris les baguettes quelques fois pour des sessions en studio, notamment pour le nouvel album de sa conjointe, l’auteure-compositrice-interprète Andréanne A. Malette. Mais ce sont là les seules occasions qu’il a eues de vivre de sa musique dans la dernière année.

Un statut à définir, une précarité révélée

La crise de la COVID-19 a exposé une triste réalité pour les musiciens : leur précarité. Un sondage de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec a révélé que plus de la moitié d’entre eux sont en difficultés financières et que plus du tiers ont gagné moins de 20 000 $ l’an dernier. Devant cette situation, ils ont été nombreux à carrément abandonner leur carrière et à se réorienter.

Selon Éric Pothier, la pandémie aura mis en lumière le flou entourant la reconnaissance de la profession de musicien. « À partir de quand tu définis un artiste professionnel ou pas? Ce n’est pas clair. […] Il y aurait quelque chose à déterminer là et, une fois que ce sera déterminé, une aide pourra être donnée. Mais tant que ce n’est pas défini, tu ne peux pas juste donner de l’argent comme ça. J’espère que ça va avoir fait ressortir les problématiques de l’organisation ou de la structure du milieu artistique en général. »

Au cours de l’année 2020, nos trois musiciens maskoutains n’ont reçu aucune aide financière, outre la PCU pendant un certain temps. Seul Olivier a pu profiter des nouvelles mesures en culture, mais seulement depuis le début de 2021. Ces mesures offrent un soutien financier aux producteurs et aux diffuseurs pour les spectacles programmés, qu’ils aient lieu ou non.

« Ça m’a beaucoup aidé, confie le batteur, avec une certaine reconnaissance dans la voix. Pour 2020 par contre, on a vraiment été laissés à nous-mêmes. On est tombés dans une craque. Il n’y avait rien de concret pour les musiciens et les techniciens de scène. Est-ce que ça aurait pu être mieux? Oui. Mais je suis pleinement conscient dans quel bateau tout le monde est en ce moment, y compris le gouvernement. »

Pour Éric et Josiane, les mesures annoncées en culture ne les ont pas atteints puisqu’ils jouent principalement avec des artistes émergents ou autoproduits, qui ne sont pas supportés par une grosse boîte de production.

Le couple a pu garder la tête hors de l’eau grâce au fait que chacun avait déjà un autre emploi à temps partiel avant la pandémie, lesquels leur permettent une latitude pour mener leur carrière de musicien. Éric travaille pour une compagnie de protection d’incendie et Josiane comme enseignante de musique. Cette bouée de sauvetage a toutefois ses limites.

« C’est plus de 50 % de notre salaire annuel qui n’est plus là [en raison de l’arrêt des spectacles], mentionne Josiane. Et notre revenu annuel n’est pas gros comparativement à un artiste A qui reçoit des redevances, ce qu’on ne reçoit pas vraiment. »

Pour un musicien qui ne fait que de l’événementiel, une seule recette existe. « Plus tu joues, plus c’est ce qui te permet de vivre, souligne Éric. Quand une crise comme celle-là arrive et qu’il n’y a plus rien, il n’y a vraiment plus rien. »

Même que dans le cas de Josiane, elle redoute que la pandémie ait eu raison de l’un de ses contrats les plus importants avec le groupe de reprises Montreal Rhapsody Orchestra, qui était engagé pour des spectacles corporatifs à l’international. « Le band était sur une grosse montée, on était allés en Autriche l’année d’avant et en Italie. Mais depuis un an, je n’ai plus de nouvelles. Au début, ils nous rebookaient [mais ils ne le font plus]. Ils se sont rendu compte que l’international, ça va être encore plus long avant que ça reprenne. Ce band-là, qui me faisait pas mal vivre depuis quatre ans, je pense que c’est fini », se désole-t-elle.

Pas qu’un métier, un besoin

De son côté, Olivier s’est trouvé temporairement un emploi dans un autre domaine que celui des arts pour la première fois de sa vie en raison de la pandémie afin de continuer de couvrir ses dépenses. Il a d’abord travaillé pendant quelques mois au printemps comme commissionnaire au sein de l’entreprise familiale, Les Entreprises Michaudville, puis il a donné un coup de main chez Malga, une entreprise dirigée par le père de sa conjointe, cet hiver.

« C’était le fun, mais c’est une réalité pour laquelle je ne suis pas programmé. Je me rends vite à l’évidence que je suis quelqu’un de très créatif et d’artistique, j’ai besoin de travailler dans ce domaine-là, même plus que je ne le pensais. »

Voyant qu’il faudra encore bien du temps avant que les spectacles reprennent pour de bon, surtout pour une grosse tournée comme celle de Marie-Mai, le batteur a décidé d’exploiter une autre partie de sa créativité. Déjà photographe à son compte, il a ajouté une corde à son arc en développant la branche vidéo de son entreprise, que ce soit en tournant des vidéoclips ou en offrant ses services pour des captations de sessions live.

« Depuis le début de 2021, je fais ça à temps plein. Ça reste dans le monde créatif, c’est artistique et ça m’occupe bien [d’ici la reprise des spectacles] », mentionne Olivier.

Pour l’amour de la musique

Malgré des mois plus difficiles et les doutes qui ont pu les envahir, nos trois musiciens maskoutains n’ont rien perdu de leur passion et de l’amour qu’ils ont pour leur métier, confirmant du même coup qu’ils remonteront sur la scène à la sortie de cette crise.

« J’ai besoin de ça dans ma vie. Quand la pandémie va être passée et que les shows vont reprendre, je compte être là », lance Éric Pothier.

« J’ai fait des études universitaires [dans ce domaine], il n’est pas question pour moi de changer de métier. J’ai eu souvent la réflexion cette année et on dirait que je ne peux pas me réhabiliter dans autre chose. Je vais m’adapter si on n’a pas le choix », mentionne Josiane Rouette.

« Je vais être là, je vais être prêt, s’exclame pour sa part Olivier Savoie Campeau. Je n’attends que ça! »

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