29 mars 2012
Quel avenir pour nos églises?
Par: Le Courrier

La décision du Conseil de fabrique de la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin de mettre en vente l’église Sacré-Coeur-de-Jésus donne lieu ces jours-ci à de vifs débats quant à la valeur historique et patrimoniale de nos églises qui semblent néanmoins rallier tout le monde derrière une même question : à long terme, quelles églises voulons-nous sauver?

« Nous le savons, des églises, il y en aura de moins en moins, affirme l’historien Luc Cordeau. Après celle-ci, d’autres seront aussi vendues. En ce sens, je crois qu’il faut se réjouir que le choix du Conseil de la fabrique se soit arrêté sur l’église Sacré-Coeur-de-Jésus dès maintenant, alors que la Ville pourrait s’en porter acquéreur. On peut penser que c’est le meilleur gage pour préserver l’édifice, pour le sauver du pic des démolisseurs. »

Pour celui qui occupe aussi le poste de directeur du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, une offre d’achat de la Ville de Saint-Hyacinthe serait la plus belle planche de salut d’une église qui, à ne pas en douter, a une grande valeur architecturale, au-delà de la valeur symbolique que lui confère son emplacement, sur le lieu du second incendie le plus meurtrier de l’histoire du Québec.« Sur le plan strictement architectural, cette décision me laisse perplexe. Même en essayant, je ne peux pas trouver de raisons valables de sauvegarder l’église Notre-Dame-du-Très-Saint-Sacrement plutôt que l’église Sacré-Coeur-de-Jésus », estime pour sa part l’historienne Diane Leblanc, qui a présidé la table régionale du Conseil du patrimoine religieux du Québec.C’est que l’église Sacré-Coeur-de-Jésus est l’une des dernières oeuvres en carrière du prolifique architecte maskoutain René Richer. Son architecture se trouve à mi-chemin entre la tradition classique des Beaux Arts, qu’il maîtrisait, et l’architecture moderne qui s’installait dans les banlieues, souligne Mme Leblanc. « Cette fois-ci, on est chanceux, reprend-elle. La Ville pourrait racheter l’église et la sauver. Mais la Ville n’aura pas toujours besoin de nouveaux édifices. Pour les prochaines églises, on fait quoi? À long terme, que veut-on sauver? »Voilà une inquiétude que partagent les deux historiens, mais aussi plusieurs paroissiens. En laissant entre les mains de chaque conseil de fabrique le destin de ses églises, les décisions seront prises sur la base de critères économiques ou en encore en fonction de la fréquentation des lieux de culte, croient-ils, sans égards à ce qu’elles représentent sur une échelle régionale.

Pas d’argent, pas de plan

Depuis 2004, une grande évaluation patrimoniale des lieux de cultes a vu naître au Québec une liste hiérarchisée, établissant de A (incontournable) à E (faible) la valeur patrimoniale de chaque église du Québec. « En d’autres termes, le ministère de la Culture a dressé une liste sur laquelle il fonde l’octroi de ses subventions. C’est un exercice de priorisation », explique Mme Leblanc.

Le hic, c’est que le premier critère en liste est celui de l’année d’inauguration. De fait, aucune église construite après 1945 ne peut obtenir la note la plus élevée. Ainsi, sur le territoire de la MRC des Maskoutains, une seule église se voit attribuer une note parfaite de A, celle de La-Présentation-de-la-Sainte-Vierge.Deux autres lieux, soit la Cathédrale et l’église Notre-Dame-du-Rosaire, obtiennent la note C (supérieure), qui ne s’avère toutefois pas toujours suffisante pour obtenir des fonds publics, réservés en priorité aux catégories A et B. « C’est un problème de gestion du patrimoine moderne, auquel on n’accorde pas toute l’estime nécessaire. Il y a des établissements qui seront significatifs dans 50 ans et il est pressant de s’y attarder, avant qu’il ne nous reste plus rien », souligne Mme Leblanc. À l’absence d’un plan national s’ajoute aussi l’absence d’une vision locale du Diocèse. Celui-ci n’impose aucun critère, aucune liste de priorités. « Tant qu’il y a de la vitalité dans le milieu, c’est au milieu que revient la décision. Telle est la volonté de l’évêque. Ici, les décisions vont du bas vers le haut, jamais du haut vers le bas », a expliqué le procureur diocésain, Denis Charpentier.Si Monseigneur François Lapierre confirme qu’aucun exercice de priorisation n’a été mené, il se défend toutefois de ne pas avoir de plan. « Notre plan se traduit par la création des unités pastorales, qui regroupent désormais plusieurs églises sous un même conseil de fabrique. La consolidation de leurs ressources rend moins fragile la santé financière de chacune des églises et permet un meilleur équilibre dans les budgets entre l’argent dépensé en infrastructures et l’argent investi dans les activités pastorales », a expliqué Mgr Lapierre, soulignant que si les églises maskoutaines avaient accès plus facilement à du financement public « la question se poserait autrement ».Mgr Lapierre doit néanmoins approuver toute offre d’achat. À ce chapitre, notons que l’Évêché n’a reçu aucune offre officielle de la Ville de Saint-Hyacinthe quant à l’acquisition de l’église Sacré-Coeur-de-Jésus. Cette éventualité est néanmoins porteuse d’espoir. « Dans la perspective que l’église devienne la propriété de la municipalité, elle pourrait demeurer un monument debout, cher au coeur des Maskoutains, à la mémoire des 46 personnes qui ont péri dans l’incendie du Collège Sacré-Coeur. »-30-

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