2 avril 2020
COVID-19
Quelle vérité?
Par: Martin Bourassa

Toute vérité est-elle bonne à dire? Ce n’est pas d’hier que nous nous posons la question et en temps de pandémie du coronavirus, elle semble plus que jamais d’actualité. Et nous aurions tendance à répondre que les bienfaits de dire la vérité sont généralement plus bénéfiques que les cachotteries et les demi-vérités.

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Depuis le début de la crise de la COVID-19, plusieurs ont souligné à juste titre l’accessibilité, l’ouverture et la franchise manifestées par le premier ministre François Legault et le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda. Chaque jour, ils se présentent devant les caméras pour donner l’heure la plus juste possible sur l’état de la crise et répondre aux questions des journalistes.

Et les réponses viennent pour la plupart sans enrobage, loin de la cassette habituelle, ce qui contribue à en rassurer plusieurs et à balayer le cynisme habituel à l’égard des politiciens. Au cours de la dernière semaine, on a pourtant senti un changement de ton, d’abord subtil, puis manifeste. D’abord, des nouvelles importantes qui tombent quelques heures après le rendez-vous quotidien de 13 h, comme l’état d’urgence décrété à Montréal. Puis, la volonté de garder secrets les scénarios catastrophes de la santé publique. Enfin, tout le flou artistique autour des stocks et de l’accessibilité des équipements médicaux pour nos anges gardiens du réseau de la santé.

Des anges gardiens qui sont convaincus que l’équipement de protection viendra à manquer, si ce n’est déjà fait. Ils savent qu’ils changeront vite de camp et perdront leurs ailes si, au lieu d’être de bons soignants, ils deviennent des sources de contamination.

À voir et entendre l’inquiétude du gouvernement sur la question des masques N95, on commence à percevoir un peu de panique à bord. Toute vérité serait-elle bonne à dire aux Québécois et au personnel soignant? Absolument. « Les gens ont le droit de savoir et les journalistes de poser des questions. Faites votre travail », nous a lancé l’urgentologue Robert Patenaude en nous donnant une rare entrevue d’un acteur crucial, local et concerné par l’état de la lutte à la COVID-19 à Saint-Hyacinthe.

La transparence n’est pas ce qui étouffe la santé publique de la Montérégie et les responsables du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Est jusqu’ici. L’argument de la confidentialité des malades a le dos très large. Notre CISSS n’a encore transmis aucun communiqué de presse ni mis aucune ressource, professionnelle ou spécialiste, à la disposition des médias régionaux. Au niveau des communications externes, ils se contentent du minimum, soit de répondre aux questions avec toute l’aseptisation requise. Ne pourrait-on pas avoir accès à la directrice générale, à une microbiologiste, à la responsable des infections où aux deux chefs des urgences pour avoir l’état de la situation chez nous?

On me dira que tout ce beau monde a mieux à faire que de répondre aux journalistes. Et François Legault et le Dr Horacio Arruda, eux? En temps de crise, il faut prendre le temps de soigner, de rassurer et d’informer. L’un ne va pas sans l’autre.

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