8 août 2019
Carte blanche
Question de loyauté
Par: Christian Vanasse

Si mon employeur me congédie sous de faux prétextes pour des fautes commises par d’autres, qu’il traîne ma réputation dans la bouette pour sauver ses propres fesses et qu’il répète des mensonges à mon sujet dans tous les médias… ça m’étonnerait beaucoup que je retravaille pour lui un jour. C’est pourtant ce que vient de faire le « lanceur d’alerte » Louis Robert.

L’agronome est joyeusement revenu dans le champ après que son ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, s’y soit perdu. Affirmant d’abord l’avoir personnellement congédié, le ministre a ensuite patiné pour finalement avouer « qu’il n’avait pas ce pouvoir ». Là-dessus, je le crois : il n’a pas ce pouvoir, mais l’industrie des pesticides, oui.

Si vous remontez le chemin de cette sombre histoire cousue de fil blanc, vous y trouverez des politiciens empêtrés dans leurs propres tissus de mensonges et d’explications plus bancales et contradictoires les unes que les autres, mais surtout, plus on a tenté de cacher cette histoire, plus elle nous a éclairé sur l’influence des lobbys dans nos pratiques agricoles. Et leur influence va de nos champs à nos assiettes, en passant par ce qu’ils mettent dans la bouche de nos politiciens. Celui qu’on accusait de « manquer de loyauté envers son employeur » s’est plutôt révélé être d’une indéfectible loyauté envers nous tous, son véritable employeur. Il a choisi de reprendre le boulot plutôt que la retraite et, sincèrement, on lui en doit une. Comme disait son frère, lui-même producteur biologique, Jean-François Robert, dans La Terre de chez nous : « Il faut se mobiliser pour faire contrepoids à l’industrie des pesticides. » Ne laissons pas Louis Robert seul, ni les agronomes qui veulent changer les pratiques, ni les agriculteurs qui le font déjà. C’est notre bouffe, nos affaires. Parlons-en.

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