20 septembre 2012
Rallye Targa, ou l’aventure extrême d’une vie
Par: Marc Bouchard

Peut-être êtes-vous habitués à m’entendre utiliser des superlatifs. Mais sachez que j’en utilise rarement quand je ne suis pas au volant. J’ai pourtant passé la dernière semaine à en exprimer plusieurs, et à haute voix, en parcourant pendant six jours et plus les routes de Terre-Neuve.

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Mais attention, ne me demandez pas de quoi la province maritime à l’air, je n’en ai, presque, aucune idée. Car notre parcours s’est effectué la plupart du temps à des vitesses qui excèdent le bon sens, alors que nous tentions de ravir la première position d’un des rallyes les plus exigeants du monde, le Targa Terre-Neuve.

Un rallye international

Le Rallye Targa est l’un des quatre événements du genre au monde, et le seul à se tenir dans l’hémisphère nord, les trois autres se déroulant en Australie, en Tasmanie et en Nouvelle-Zélande. Au programme, 41 voitures qui tentent de franchir quelque 59 étapes réparties sur 2 200 kilomètres de route.

Le défi : pour chacune des étapes, tenter de réaliser le temps proposé par les organisateurs sans le dépasser, au risque de se voir infliger une pénalité. L’exercice peut sembler simple, mais sachez que dans certaines étapes, les défis sont de taille. Sans définir totalement l’itinéraire, il faut savoir que le rallye Targa sillonne toute la partie nord-est de la province de Terre-Neuve. Le départ s’effectuant directement dans les rues de la ville de St-John’s, il était plus aisé. Mais de jour en jour, et d’étape en étape, la difficulté augmentait. Ainsi, dès la première journée, une longue étape de près de 29 kilomètres exigeait des pilotes de maintenir une vitesse moyenne de 130 kilomètres à l’heure. Ce qui, pour ceux qui conduisaient de véritables voitures de course ou de rallye, ou une des Porsche, ne posait pas de problème. En compagnie de mon pilote et collègue, Jacques Deshaies, au volant de notre très fiable Kia Forte Koup, nous avons dû céder quelques secondes. Mais une équipe ayant voulu éviter les pénalités a plutôt bondi directement dans le bois au détour d’un virage. Bilan : aucun blessé, mais une voiture lourdement endommagée, l’abandon pour l’équipe, et un difficile travail de déboisement pour retrouver la voiture et la sortir de sa fâcheuse position. Il faut quand même avouer que ce genre d’incident est rare. Outre celui-ci, seulement deux sont survenus, et chaque fois sans conséquence grave. Un Québécois, Jean-Luc Bergeron, ayant manqué un virage, s’est retrouvé sur le toit de sa BMW M3. Quelques heures de dur labeur, des centaines de kilomètres de route pour récupérer une pièce, et il était de retour en piste. Moins de chance cependant pour une Fiat Abarth qui, en tentant de rattraper son retard sur l’avant-dernière étape, a fini sur le bord de la mer… à l’envers.

En toute sécurité

L’expérience Targa est unique. Pendant six jours, les portions de route sont fermées à la circulation, en ville comme en campagne. Et les spectateurs se massent par milliers (plus de 175 000 cette année) pour voir passer ces fous du volant qui roulent à tombeau ouvert, bien attachés dans leur voiture munie de cage de sécurité.

Pour notre part, la première journée en était une d’apprentissage, puisque c’était ma première expérience. Mais au fur et à mesure du rallye, les étapes se succédaient et la vitesse augmentait. Il y eut même quelques épisodes où, à plus de 150 kilomètres à l’heure, notre Kia a décidé de quitter la terre, histoire de bondir plus en avant. Assis dans le siège du copilote, mon rôle était d’analyser à l’avance le parcours, et à indiquer à mon pilote les différentes courbes à venir. Et à espérer qu’il m’écoute! Mais Targa, c’est aussi la rencontre avec les Terre-Neuviens qui, chaque soir, se pressaient par centaine pour venir nous rencontrer, prendre des photos et même obtenir des autographes. Certains se massaient même le long des routes entre les étapes dans l’espoir de nous arrêter. Ce que nous faisions religieusement. Après six jours, des journées de 10 heures assis dans la voiture, plus de 2 000 kilomètres, notre Kia Forte Koup prendra la route de la retraite. Il faut dire qu’elle était à son 3 e rallye du genre et commençait à en souffrir. Quant à nous, et si Kia le veut bien, nous serons de retour l’an prochain. Il faut dire que notre 4 e place en catégorie moderne a de quoi nous rendre fiers!

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