20 juillet 2017
Désastre écologique de la Yamaska
Remonter à la source
Par: Martin Bourassa

Oui, il nous semblait pertinent de revenir sur le sujet un an plus tard et de nous rendre sur les rives de la rivière Yamaska, dans le Rapide-Plat Nord, un secteur qui sonnait davantage comme le Rapide-Plat mort l’été dernier quand un bris à l’usine d’épuration de Saint-Hyacinthe a provoqué une surverse d’eaux usées non traitées à la rivière.

Avec les résultats que l’on connaît bien entendu et qui ont fait le tour des bulletins de nouvelles, sapant du même coup tous les efforts investis dans la nouvelle image de marque de la grande région de Saint-Hyacinthe.

Luc Brodeur-Jourdain, notre gentil Alouette de Montréal, me racontait d’ailleurs au Mardi de gars de février dernier à quel point cet épisode avait fait du bruit. À un coéquipier américain avec qui il discutait dans le vestiaire de l’équipe, il avait confié venir d’une petite ville à l’extérieur de Montréal du nom de Saint-Hyacinthe. Son interlocuteur s’était alors bouché le nez avant de lui parler des poissons morts dans la rivière.

Nous sommes donc retournés sur les lieux du crime un an plus tard. Bon, il n’y a pas eu crime comme tel, mais mort de milliers de poissons. On parle d’un désastre écologique ou d’un saccage écologique. Ce n’est guère mieux si vous voulez mon avis. On y a retrouvé un résident de l’endroit et un habitué de la rivière, Philippe Gentile, pour prendre le pouls de la rivière. Un exercice qui n’avait rien de scientifique, mais un exercice révélateur et pertinent quand même. Notre homme est celui qui a sonné l’alerte l’an dernier quand il a vu des choses inhabituelles sur et dans la rivière. Technicien de la faune de formation, il y pêchait avant et il y pêche encore. Ce segment de rivière, il le connaît par cœur. Ce serait même le paradis du pêcheur, mais il ne faut pas le dire trop fort.

Bref, son point de vue est aussi bon, sinon plus, que celui d’un expert externe de passage. Son constat? Même si la Ville a refusé d’y faire de l’ensemencement pour réparer des dégâts, la nature tout court est quand même plus forte et bienveillante que la nature humaine. La rivière, les poissons et la flore se remettent peu à peu de cette agression, même si le doré tarde à y revenir.

Parlant de tarder, la palme de la lenteur revient dans ce dossier au ministère de l’Environnement qui, un an plus tard, n’a pas encore complété son enquête au sujet de ce déversement plus ou moins planifié. On nous dit que la conclusion pourrait prendre encore plusieurs mois, sinon des années.Tu parles! 

À propos de la Ville de Saint-Hyacinthe, ce retour sur le désastre n’aura pas été vain. Il nous aura permis de confirmer ce que nous savions déjà et que la Ville s’entêtait à ne pas voir ou avouer, c’est-à-dire son incapacité à savoir ce qui se passe au barrage du centre-ville opéré par Algonquin Power. 

L’an dernier, la direction générale de la Ville jurait dur comme fer que le turbinage avait cessé au barrage quelques jours avant le désastre. Même quand nous lui présentions des données et un graphique prouvant le contraire la Ville persistait à nier l’évidence et à mettre en doute l’impact du turbinage sur le niveau d’eau dans la rivière Yamaska. Un an plus tard, les faits prouvent que nous avions raison au sujet du barrage. Un rapport envoyé à la Ville par Algonquin démontre noir sur blanc que le turbinage a cessé le 4 juillet et non avant le 28 juin, date du désastre. Selon l’entente, le turbinage aurait dû cesser le 1er juillet. 

Cela n’explique pas tout bien évidemment, mais de là à prétendre que les opérations au barrage ne peuvent pas être un facteur à prendre en considération sur ce qui s’est passé en aval cet été là, il faudrait se garder une petite gêne.

La Ville n’a peut-être pas avoué qu’elle était dans l’erreur, ce n’est pas trop son genre, peu importe le dossier, mais elle s’est au moins donné la peine de revoir les termes de son entente avec Algonquin Power. C’est le point positif à retenir. La Ville a trouvé le moyen de réduire de 50 à 25 % la compensation annuelle qu’elle verse à Algonquin pour compenser la perte de revenus provoquée par la diminution du turbinage en été. 

Mieux elle s’est entendue pour hausser le débit d’eau minimal dans la rivière en période estivale. Le débit minimal est passé de 7 m3 s/sec à 9 m3 s/sec cet été. L’été dernier quand l’exploitant a mis ses trois turbines à l’arrêt le 4 juillet, le débit n’était que de 5,4 m3/sec. Ces changements ne sont pas la mer à boire, mais la Yamaska ne s’en porte que mieux.

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