17 octobre 2019
Forum
Réponse à la lettre ouverte de Guy Duhaime
Par: Le Courrier

Dans un premier temps, M. Duhaime, j’aimerais vous préciser que les gens ne sont pas contre le changement. Je crois que tout le monde est d’accord pour qu’il y ait du changement au centre-ville. Là n’est pas la question. Du changement, oui, mais pas de la façon dont la Ville et Groupe Sélection le voient. Mais permettez-moi de revenir un peu sur vos propos.

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Comment rester positifs quand la ville « contourne » le processus démocratique pour satisfaire de gros promoteurs, et ce, au détriment des citoyens résidant au centre-ville et qui y demeurent depuis des années sinon des décennies?

Comment rester positifs quand la Ville « force » les résidents du centre-ville riverain (CVR) à partir s’établir ailleurs? Par une « expropriation déguisée » qui sera effectuée par le privé; la Ville s’en lave les mains bien entendu. Car, je crois qu’aucun propriétaire n’a les capacités financières pour convertir son immeuble de deux ou trois étages en un immeuble de six à huit étages. Aucun. Tous les résidents du CVR seront donc « forcés » de partir un jour ou l’autre. Même Sylvie Adam, dans Le Courrier du 8 août, avoue candidement que s’il y avait un projet de construire un huit étages à côté de chez elle, « elle sourcillerait » elle aussi!

Comment rester positifs quand c’est deux poids deux mesures? Dans le nouveau CVR, tous les immeubles peuvent être « rasés » et reconstruits, avec hauteur minimale de six à huit étages pour la plupart, et avec de toutes petites restrictions : matériaux nobles, toit blanc ou végétal (voir PIIA-8). […] Par contre, pour le reste du centre-ville, c’est une tout autre histoire. Les propriétaires doivent autant que possible rénover et non rebâtir à neuf (voir PIIA-3 et règlement 350, chapitre 20.3 et 20.4 concernant les bâtiments au centre-ville construit avant et après 1925).

J’en conviens, le centre-ville est vieux et désuet. Déjà en 2010, dans le plan d’urbanisme, il était identifié comme tel. À trop vouloir conserver un « cachet historique », via le PIIA-3 et règlement 350, c’est ce qui arrive. Par restrictions règlementaires, pendant trop d’années, et ce, pour conserver ce fameux « cachet historique », la Ville a étouffé toutes revitalisations qui se seraient faites tranquillement au fil du temps. Mais arrivée au bout du rouleau, la Ville ouvre les vannes, et bang, elle autorise la reconstruction de tout le CVR, nonobstant les règlements en place. On rase à neuf. Out les résidents. J’ai une question pour vous, est-ce que vous investiriez plus de 100 000 $ dans la rénovation d’un immeuble qui n’a pas de fondations? Moi non. C’est probablement ce que se disent 90 % des propriétaires du centre-ville depuis des années. Il est là le problème, selon moi.

À une question posée au conseil municipal le 17 décembre 2018, concernant l’interdiction de construire des immeubles de plus de six étages pendant des années, mais qu’avec le nouveau CVR, c’est maintenant permis, ce à quoi Claire Gagné a répondu : « on évolue, on change ».

Selon moi, la première question qu’il faut se poser, en tant que citoyen, c’est : est-ce que l’on veut conserver le cachet historique de notre centre-ville, oui ou non? Personnellement, que ce soit oui ou non, je n’ai pas de problème avec ça. Mais il faut que nos décisions aillent dans le même sens et non en sens opposé. Il faut que la même réglementation s’applique à tout le monde. Pas une réglementation pour les petits propriétaires et une pour les gros qui ont du « cash en masse », comme on dit.

Mais j’avoue que la conservation du cachet historique du centre-ville en a pris un coup ces derniers temps. Le bâtiment emblématique de ce centre-ville historique, le Marché centre, n’est plus l’ombre de lui-même. Avec ses briques toutes neuves, il est beau, certes, mais il ressemble à n’importe quel autre bâtiment. Personne ne pourrait dire qu’il a été construit en 1876-1877. Il y a aussi la perte de la Place Frontenac plus tôt ce printemps, sa reconstruction n’aura surement pas le même cachet. Et sans oublier le Centre des arts Juliette-Lassonde qui est d’un design très contemporain. […]

Moi je vous dis, M. Duhaime, restons réalistes et faisons une nouvelle promenade Gérard-Coté selon nos moyens. Restons humains et ne triplons pas la densité du CVR (de deux à trois étages à six à huit étages) d’un seul coup. Restons humains en demandant l’avis des citoyens, via approbation référendaire. Restons humains en permettant aux propriétaires actuels de conserver leurs droits acquis, c’est-à-dire la possibilité de reconstruire deux à trois étages. Restons humains en limitant les droits des gros promoteurs au même niveau que les petits propriétaires.

Daniel Malenfant, Saint-Hyacinthe

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