28 mars 2019
Plus de 225 professionnels ont quitté le centre-ville depuis l’été 2017
Restaurateurs en quête de clientèle
Par: Jean-Luc Lorry

Photo François Larivière | Le Courrier ©

Guy Duhaime, propriétaire du restaurant Pépé Trattoria situé au centre-ville de Saint-Hyacinthe, a vu son chiffre d’affaires chuter de 50 % en l’espace de deux ans. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Sylvain Ayotte, propriétaire de La Piazzetta, ne se lancerait plus aujourd’hui dans la restauration au centre-ville. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Depuis quelques mois, des restaurateurs du centre-ville de Saint-Hyacinthe voient leur chiffre d’affaires piquer du nez. Une partie de la clientèle habituelle semble avoir migré vers le secteur du centre commercial où de nouveaux restaurants ont ouvert leurs portes.

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Sylvain Ayotte, restaurateur depuis 16 ans au centre-ville, attribue la baisse de la fréquentation de son restaurant La Piazzetta à plusieurs facteurs.

« Les travaux dans le secteur du Marché public, l’apparition des horodateurs, le déplacement d’une partie de la clientèle vers le secteur nord expliquent la présente situation. Depuis le mois de septembre, mon chiffre d’affaires a baissé de 20 %. Si j’étais dans la restauration depuis cinq ans, je chercherais par tous les moyens à vendre mon fonds de commerce », indique Sylvain Ayotte, en entrevue au COURRIER.

Migration vers le Nord

Depuis l’été 2017, plus de 225 salariés ont quitté le centre-ville. Leurs employeurs, la firme d’avocats Sylvestre & associés (40 employés), le cabinet de comptabilité Mallette (30 employés) et la Fédération des caisses Desjardins du Québec région Richelieu-Yamaska (158 employés) ont délaissé leurs locaux pour déménager dans des bureaux flambants neufs situés dans des édifices de bureaux fraîchement construits au nord de la ville.

« Le départ de nombreux professionnels a provoqué une hécatombe, estime Guy Duhaime, propriétaire du restaurant Pépé Trattoria. Sans la présence du Centre des arts, il n’y aurait plus beaucoup de restaurants ouverts au centre-ville. »

M. Duhaime considère que l’installation d’horodateurs au centre-ville a été une mesure dommageable pour le commerce. « Il est urgent de retirer les horodateurs et de les remplacer par des cases de stationnement limitées à deux heures. Depuis deux ans, mon chiffre d’affaires a chuté d’environ 50 %. Le monde ne vient plus au centre-ville », observe avec déception Guy Duhaime, qui dirige parallèlement un cabinet spécialisé dans les services financiers.

Le stationnement au centre-ville n’irrite pas seulement les commerçants. Le courtier immobilier Rémy Blais a obtenu le mandat de vendre l’imposante bâtisse commerciale où logeait le San Marino, un restaurant qui a connu une courte existence sur la rue Girouard Ouest.

« Ce local n’a pas encore trouvé preneur principalement à cause de l’accès au stationnement. La disponibilité de cases gratuites est le principal enjeu au centre-ville où de plus en plus de locaux sont vacants », mentionne M. Blais.

Pour accomoder la clientèle et les marchands, 10 machines seront d’ailleurs retirées du parc d’horodateurs. Cette initiative donnera accès à 124 cases permettant de se stationner deux heures maximum gratuitement.

« Cette démarche qui sera en vigueur à partir du 1er avril a été faite en concertation avec le conseiller municipal du quartier et la SDC Centre-ville », indique Brigitte Massé, directrice des communications à la Ville de Saint-Hyacinthe.

Des solutions?

Kevin Gauvin, copropriétaire du restaurant L’Espiègle sur la rue des Cascades, doit lui aussi composer avec un déplacement de la clientèle vers les nouveaux restaurants. « Je vois la différence depuis cet été. Il y a une baisse au niveau des dîners. Heureusement qu’il y a le Centre des arts qui nous apporte de la clientèle les soirs de spectacle », mentionne M. Gauvin.

Si Sylvain Ayotte ne voit pas de solutions miracles pour renverser la vapeur, Guy Duhaime croit que l’implantation de nouvelles constructions au centre-ville permettra de repartir la machine.

« Il faut également redynamiser le centre-ville avec de l’animation et de la décoration dans les rues. Il existe des solutions qui ne coûtent rien comme celle d’autoriser l’installation d’une petite formation musicale ou d’un chansonnier sur une terrasse », souligne M. Duhaime.

L’Escabèche : avenir incertain

Pour le moment, le centre-ville perd des joueurs. L’incendie dévastateur de la Place Frontenac a rayé de la carte L’Escabèche ainsi que le restaurant et bar Ô Saint-Patrick. Leur propriétaire, André Lévesque, a indiqué au COURRIER qu’il était encore trop tôt pour connaître l’avenir des deux enseignes. « Nous n’avons pas encore de nouvelles des assureurs. L’Escabèche est un bon petit restaurant qui a sa place au centre-ville, mais il faut que le projet soit viable », précise M. Lévesque.

En plus du resto-pub Le Bouffon qui est à vendre, le Bistro Bob Smoked Meat situé sur la rue des Cascades ne rouvrira pas ses portes en avril.

« Malgré un formidable essor au cours des cinq dernières années, nous avons pris cette difficile décision afin de nous rapprocher sagement d’une retraite bien méritée », peut-on lire sur la page Facebook du restaurant.

Le centre-ville compte actuellement une trentaine de restaurants.

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