7 juin 2018
Projet de 50 M$ en zone agricole
Saint-Dominique dans la mire de F. Ménard
Par: Benoît Lapierre
Saint-Dominique dans la mire de F. Ménard

Saint-Dominique dans la mire de F. Ménard

Propriétaire d’une vaste terre dans le 7e Rang de Saint-Dominique, l’entreprise F. Ménard, d’Ange-Gardien, voudrait y réaliser un important projet de centre de transbordement de grains comportant plusieurs volets. Mais pour l’instant, elle se heurte aux réticences de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ).

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Malgré un premier avis défavorable de la part de la CPTAQ, ce géant de l’élevage porcin au Québec a reçu l’appui unanime du conseil des maires de la MRC des Maskoutains pour la poursuite de ses démarches entreprises auprès de la Commission en 2015, à la condition qu’il y ait réduction de la surface visée. F. Ménard souhaite obtenir l’autorisation d’utiliser à d’autres fins que l’agriculture environ 20 hectares de sa propriété de Saint-Dominique, laquelle couvre une superficie totale de 80,42 ha de terre en culture, principalement.

50 M$

Le maire de Saint-Dominique, Robert Houle, souhaite quant à lui que la CPTAQ finisse par accueillir favorablement la demande de F. Ménard. « C’est un investissement de 50 M$, c’est un très gros projet. F. Ménard a fait sa présentation il y a un mois devant le comité consultatif agricole de la MRC. Je crois que c’est un bon projet pour l’agriculture et que les municipalités voisines pensent la même chose. Ce sera un nouvel endroit où les agriculteurs de la région pourront aller porter leur maïs », a commenté lundi le maire Houle, lorsque joint par LE COURRIER.

F. Ménard doit se présenter devant la CPTAQ ce matin même, le 7 juin, pour lui exposer officiellement son projet. Mais à la MRC des Maskoutains, on s’attend à ce que l’entreprise demande aujourd’hui que l’audience soit reportée à la fin de l’été. « F. Ménard a encore des devoirs à faire », a expliqué Réal Campeau, directeur à l’aménagement à la MRC. Il rappelle que la MRC a exigé une réduction de la surface à occuper, et que cet élément justifierait le report de l’audience. 

Le projet

Comme l’explique la CPTAQ dans « l’orientation préliminaire » qu’elle a émise le 6 mai 2016 dans ce dossier, F. Ménard veut construire sur ses terres de Saint-Dominique un centre de séchage, de conditionnement, de transbordement et d’entreposage de grains et de sous produits, de même qu’une usine d’aliments pour animaux (meunerie) qui serait reliée au centre de transbordement. L’emplacement concerné, au nord-ouest du 7e Rang, s’étend au sud d’un tronçon du chemin de fer Saint-Laurent & Atlantique, une voie ferrée que F. Ménard entend utiliser pour ses activités de transbordement. « Ce chemin de fer est toujours utilisé et il est en bon état. Il va jusqu’à Richmond et, de là, se rend aux États-Unis », a précisé le maire Houle.

En 2016, F. Ménard prévoyait la mise en place de ses installations de Saint-Dominique dans moins de trois ans, pour qu’elles puissent accueillir un volume d’intrants de 25 wagons par réception (2200 tonnes métriques), soit son volume minimum pour négocier avec les expéditeurs internationaux, selon les informations au dossier transmis à la CPTAQ. 

La Commission fait remarquer que la superficie visée s’inscrit dans un milieu agricole homogène et dynamique, voué à la grande culture céréalière, aux cultures fourragères et à l’élevage. Elle note cependant que, selon les informations transmises dans le formulaire de demande par l’officier municipal, le projet est conforme au règlement de zonage de Saint-Dominique.

Refusée?

Malgré cela, la Commission estime que la demande du promoteur, tel qu’elle l’a comprise, devrait être refusée. Elle prétend qu’il en résulterait la perte d’un sol de très haute qualité, ce qui caractérise les terres de la région de Saint-Hyacinthe. « Contrairement à l’avis de la demanderesse et de la municipalité, la Commission considère l’usage demandé comme strictement commercial, voire même industriel et d’une ampleur impressionnante », poursuit-elle.

Elle ajoute qu’en raison de la nature et de la portée de la demande, elle serait en droit de s’attendre à ce que le promoteur produise une étude sérieuse des espaces disponibles à l’extérieur de la zone agricole, tant à Saint-Dominique que dans le reste de la MRC. « La présentation de la demanderesse n’a rien de convaincant sur le critère du site de moindre impact pour les usages demandés, et ce, notamment en raison de la localisation du projet, au milieu d’un bassin de terres agricoles et loin des usages urbains. »

Reste à voir si la CPTAQ modifiera son approche face à ce projet à la suite de l’audience qui devait débuter ce matin. LE COURRIER a tenté de joindre l’un des responsables du projet chez F. Ménard, mais ce fut sans succès.

En plus de ses grandes cultures de Saint-Dominique, F. Ménard exploite pas moins de 56 fermes spécialisées dans l’élevage porcin, de même qu’une meunerie, un laboratoire d’insémination, un garage et une ferme horticole à Ange-Gardien, selon les données du Registraire des entreprises du Québec.

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