20 septembre 2018
Saint-Hyacinthe laisse tomber 66 kilomètres de trottoirs
Par: Rémi Léonard
En vertu du nouveau plan directeur des trottoirs, ceux de la rue des Samares n’ont pas été retenus et doivent donc être retirés à la fin de leur vie utile.  Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

En vertu du nouveau plan directeur des trottoirs, ceux de la rue des Samares n’ont pas été retenus et doivent donc être retirés à la fin de leur vie utile. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

En guise d’exemple, voici plan détaillé du secteur Saint-Joseph avec, en rouge, les trottoirs retirés du nouveau plan, en noir, ceux conservés, en bleu, ceux ajoutés, et les voies cyclables et passages piétonniers en vert. Ville de Saint-Hyacinthe

En guise d’exemple, voici plan détaillé du secteur Saint-Joseph avec, en rouge, les trottoirs retirés du nouveau plan, en noir, ceux conservés, en bleu, ceux ajoutés, et les voies cyclables et passages piétonniers en vert. Ville de Saint-Hyacinthe

La Ville de Saint-Hyacinthe a procédé à la révision de son réseau de trottoirs et a décidé de faire une croix sur plus du quart d’entre eux. Les 66 kilomètres de trottoirs exclus du nouveau plan directeur ne seront plus entretenus et disparaîtront des rues à la fin de leur vie utile.

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En contrepartie, le réseau conservé (166 kilomètres) sera entièrement déneigé, contrairement à la pratique actuelle, ce qui représente près de 15 % plus de trottoirs accessibles en hiver. Le conseil municipal a entériné cette nouvelle orientation à la majorité au début du mois. Les conseillers Bernard Barré et Jeannot Caron se sont prononcés contre son adoption puisqu’ils tiennent à conserver les trottoirs existants.

Le représentant de La Providence avait d’ailleurs déjà dénoncé publiquement ce plan directeur à l’automne 2017. « Ça n’a pas de sens », a-t-il commencé, poursuivant avec un véritable plaidoyer en faveur des trottoirs, qui devrait constituer « l’armature d’une ville piétonne », selon lui. En effet, « la première chose qu’on dit à nos enfants et à nos petits-enfants quand ils commencent à sortir, c’est de rester sur les trottoirs », a-t-il évoqué.
Le conseiller du centre-ville a lui aussi voté contre puisqu’il tient à favoriser le transport actif, qui passe nécessairement par des infrastructures piétonnes et cyclables. M. Barré a tenu à conscientiser les citoyens sur la réelle signification de ce plan directeur, d’après lui. « Ce qu’on va faire ce soir [en l’adoptant], c’est donner l’autorisation à la Ville de Saint-Hyacinthe d’arriver une bonne journée et de partir avec vos trottoirs sans demander de permission », a-t-il averti. Dans une telle situation, la Ville remplace les trottoirs par une bordure de béton. « Je suis très, très déçu. J’en ai entendu parler beaucoup [des trottoirs] pendant la campagne électorale et je suis complètement en désaccord avec cette prise de position étant donné que ces trottoirs, on les a déjà, et les gens les ont payés! », a réagi M. Barré.

Qui perd quoi?

Concrètement, ce nouveau plan établit que les rues locales ne nécessitent plus la présence de trottoirs, excepté près des écoles, des hôpitaux, des résidences pour personnes âgées, des cliniques, des pôles commerciaux, des centres communautaires ou d’autres institutions. Une exception vaut aussi pour les rues où les immeubles sont construits directement en bordure de rues, notamment au centre-ville. Ce secteur est d’ailleurs à peu près intouché par la redéfinition. D’autres quartiers comme Saint-Joseph, Assomption et Bourg-Joli (qui inclut Sacré-Cœur, Saint-Sacrement et Bois-Joli) ne conservent au contraire qu’à peu près la moitié de leur réseau. Le plan détaillé n’est pas disponible sur le site Web de la Ville, mais il a été fourni au COURRIER sur demande.

L’idée derrière ce plan remonte à 2005, indique le document. À la suite des regroupements qui ont formé la Ville de Saint-Hyacinthe telle qu’on la connaît aujourd’hui, « l’organisation municipale a constaté à de multiples reprises l’absence de cohérence et de logique dans la prise de décision à l’égard de la nécessité de construire ou non des trottoirs sur telle rue, telle avenue ou tel boulevard », précise-t-on en guise de préambule. Il aura fallu plus d’une douzaine d’années, « avec des pas en avant et presque autant de recul », pour arriver à ce plan directeur, reconnaît le document.

Pour le directeur général, Louis Bilodeau, l’idée derrière cet outil de gestion n’est pas nécessairement de faire des économies en revisant à la baisse le nombre de trottoirs (l’entretien hivernal sera d’ailleurs augmenté), mais plutôt d’assurer une équité entre les citoyens, a-t-il soutenu. « Avant les fusions, chacun avait ses pratiques en matière de trottoirs. Aujourd’hui, ça crée des situations de deux poids deux mesures. Pourquoi les citoyens d’un secteur où il y a moins de trottoirs devraient payer pour conserver ceux d’un autre quartier? », questionne-t-il en rappelant que l’entretien, contrairement à la construction de trottoirs, est à la charge de tous les contribuables. Le plan directeur vient ainsi établir « une vision globale » de la situation, a affirmé M. Bilodeau. D’où le sous-titre du document : « pour une approche cohérente et rationnelle ». Ce plan directeur est « évolutif », a-t-il aussi insisté, et sera révisé au fur et à mesure que la Ville évolue. 

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