4 août 2016
Se réapproprier le barrage Penman : une politique du gros bon sens
Par: Le Courrier
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Le désastre écologique qui a affecté notre rivière le 28 juin dernier est bouleversant. Apprendre en plus que le débit d’eau – contrôlé par la compagnie ontarienne Algonquin Power, propriétaire de la mini centrale au barrage Penman – était très faible, et que cela a eu un impact majeur sur la mortalité massive des poissons est ahurissant. Surtout qu’il y a deux ans exactement, la centrale de Sainte-Brigitte-des-Saults, près de Drummondville, a connu le même phénomène : hécatombe de poissons due à un débit trop faible de la rivière Nicolet. Après enquête, Algonquin Power a alors reçu un avis d’infraction du ministère du Développement durable, de l‘Environnement et de la Lutte aux changements climatiques.

Même en supposant que le Ministère en arrive à blâmer à nouveau cette compagnie, savoir encore que la Ville de Saint-Hyacinthe lui verse une compensation pour les pertes financières quand nous avons besoin davantage d’eau, est humiliant. Je refuse de dire que j’ai honte d’être Maskoutaine. Mais attention, il faut réagir et tout de suite!

Quoi? Une compagnie ontarienne produit à Saint-Hyacinthe de l’électricité qu’elle revend à Hydro-Québec à 8,4 cents du kW alors que HQ peine à revendre ses surplus à plus de 4 cents? Il doit y avoir une erreur. Les Maskoutains ne peuvent être aussi naïfs. Hydro-Québec serait à renégocier ces tarifs avec les compagnies privées. Bien! Voilà un pas dans le rétablissement de la bonne intelligence. Mais quelle est la pertinence d’une centrale à turbines sur une rivière aussi fragile que la Yamaska?

Et il y a ce bail qui lie le propriétaire de la centrale à la Ville pour quarante ans depuis 1994! Revu aux 20 ans, il a été renouvelé récemment jusqu’en 2034. Si gérer, c’est prévoir, comment peut-on raisonnablement croire que la gestion de l’eau peut être sainement assurée dans toute sa complexité sur une période de 20 ans? Alors que la ville est en croissance continue; alors qu’industries, commerces, services attirés par notre vitalité économique nécessitent des masses d’eau; alors que la passe à poissons est inadéquate et que le fragile écosystème est menacé; alors que les pesticides, dont l’atrazine, s’accumulent toujours; alors que le réchauffement climatique global nous amène des bouleversements météorologiques imprévisibles; alors, surtout, que cette centrale ainsi gérée assèche la rivière depuis 22 ans. Car bien qu’une entente force Algonquin Power à cesser le turbinage l’été, – avec compensation pour ses pertes! – elle respectait les ententes préalables le 28 juin dernier. La surverse mortelle s’est produite trois jours avant l’arrêt de ses activités! Or, avec à peine 85 mm de pluie durant le mois de juin, peut-on raisonnablement admettre que l’arrêt du turbinage en juillet est beaucoup trop tardif?

Nous avons suffisamment d’arguments pour justifier la réouverture d’un contrat qui comporte autant de risques. Rouvrir ce contrat pour assurer un débit minimal à 7 m3/sec en tout temps au lieu des 2 m3/sec, – tel que demandé depuis 1994 d’ailleurs – est la moins élevée des demandes pour recouvrer le respect de nous-mêmes.

Mieux, si les Maskoutains se réappropriaient la gérance du barrage? Le barrage Penman est essentiel aux prises d’eau pour l’alimentation de tout notre territoire et il appartient à la Ville. La Ville est le bailleur de cet ouvrage. Le transformer en une centrale au fil de l’eau, sans rétention d’eau, nous rapprocherait d’une politique du gros bon sens, adaptée à notre réalité et profitable aux citoyens. Les petites villes de Magog et de Coaticook sont propriétaires de leurs mini centrales. Saint-Hyacinthe est certainement assez forte pour en faire autant.

Nous sommes innovateurs avec notre usine de biométhanisation. Nos usines d’épuration et de filtration opèrent de façon optimale. Nous sommes certainement capables de gérer notre barrage et pourquoi pas, notre centrale. Selon une entente avec Algonquin (ultérieure au bail), la Ville peut faire cesser l’arrêt de turbinage sur simple avis écrit. Pourquoi attendre? D’autant plus que sans intermédiaires aux intérêts divergents, la chaîne de communication entre la Ville et tous ses partenaires impliqués dans la gestion de l’eau deviendrait beaucoup plus fluide et sécuritaire.

Nous serons vigilants désormais. Avec la Ville, exigeons d’Hydro-Québec qu’elle nous informe de ses négociations tarifaires, ça nous intéresse! Assurons-nous que le ministère de l’Environnement revoit rigoureusement la gestion et la pertinence des mini centrales. Et si elles s’avèrent utiles, demandons au ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles d’octroyer des droits d’exploitation d’électricité exclusivement aux centrales bien intégrées à leur communauté, qui respectent scrupuleusement les normes environnementales, sans poursuivre que le seul impératif économique.

Ce triste événement aura alors eu ce revers heureux : un désir profond de nous organiser et de travailler collectivement et fièrement à la sauvegarde de notre rivière afin qu’aucune autre catastrophe ne survienne. Jamais plus.

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