17 août 2017
Recensement 
Sorry, it’s false
Par: Martin Bourassa

Les données du recensement de 2016 ont fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours dans les régions. Et pour cause. Certaines indications laissaient entrevoir des situations aussi inexpliquées qu’inexplicables en fin de compte.

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Sur la base des données révélées par Statistique Canada au début du mois, c’est avec étonnement que nous apprenions une hausse du nombre d’anglophones dans les régions du Québec, dont à Saint-Hyacinthe où l’utilisation de l’anglais comme langue parlée à la maison aurait « jumpé » de façon appréciable comparativement aux données du recensement précédent. Selon les plus récents chiffres, il était même question d’une progression spectaculaire de l’anglais dans les chaumières de Rimouski, Saguenay, Drummondville, Trois-Rivières et Shawinigan. Saint-Hyacinthe n’échappait pas à cette réalité puisque selon une analyse du journal Le Devoir nous figurions parmi une vingtaine de municipalités confrontées à une anglicisation rapide de leur population.
On regarde de qui ça vient et force est d’admettre qu’il y a lieu de se gratter la tête. On se dit que la source est généralement crédible, fiable et forcément bien informée puisqu’elle tire ce constat du recensement pancanadien. Sauf que sur le terrain maskoutain, sur le plancher des vaches, on en perd vite notre latin quand on cherche des signes concrets de cette présence accrue de la langue anglaise chez nous. Je veux bien croire que Saint-Hyacinthe se soit ouvert aux immigrants ces dernières années, sous l’impulsion d’initiatives pilotées par Forum 2020 et la Maison de la famille, mais ces Maskoutains d’adoption découlent principalement d’une immigration francophone, espagnole ou arabe. Mais une explosion de l’anglais à Saint-Hyacinthe, what the f…? Cela devrait se voir et surtout s’entendre dans nos cours d’écoles.
Certains ont heureusement refusé de prendre pour du cash ces données. Ils ont émis des doutes, puis de sérieuses réserves. Tant et si bien que Statistique Canada a dû refaire ses devoirs et admettre avoir publié des données erronées sur la population de langue anglaise en région. L’erreur est humaine, ou informatique, et sera corrigée cette semaine.
Localement, on a aussi fait dire à ce recensement ce qu’il ne disait pas. On l’a vu dans un texte publié sur le site du journal Mobiles et qui a circulé sur les réseaux sociaux. Son auteur affirmait sur la foi de statistiques toutes fraîches sur la population que le maire Claude Corbeil était en voie de gagner son pari, lui qui a pour mantra la volonté de porter la population de sa ville à 60 000 d’ici 2020.
Selon ce texte, la population maskoutaine était de 59 614. Or, l’auteur était dans l’erreur. Ce chiffre n’est pas celui qui concerne la population de la Ville, mais celui de l’agglomération de recensement de Saint-Hyacinthe. Nuance. Cette agglomération ratisse beaucoup plus large que les limites de la ville-centre puisqu’elle s’étend vers Saint-Dominique et Saint-Simon. Erreur du pitcher.
De façon isolée, le recensement situe plutôt la population de la Ville de Saint-Hyacinthe à 55 648 pour 2016 comparativement à 53 236 en 2011. C’est une variation positive de 4,5 % et nous allons nous en réjouir, mais pas au point d’écrire que le maire Claude Corbeil gagnerait bientôt son pari. Son pari reste entier et avant de le gagner, il devra d’abord remporter ses élections en novembre, si l’opposition se concrétise.
Dans le texte de Mobiles, les chiffres de Statistique Canada étaient solides, c’est simplement la lecture qui en a été faite qui était pour le moins boiteuse.
Toute cette histoire autour du recensement, de l’anglais et de Statistique Canada me rappelle la saga autour d’une étude du Conference Board en 2013, une source de bonne réputation, qui concluait que l’économie de Saint-Hyacinthe était en perte de vitesse depuis huit ans, en affirmant que le PIB et le marché de l’emploi avaient fondu de moitié entre 2005 et 2013. Ce constat ne résistait pas à l’analyse de terrain. Mais les instances locales avaient d’abord feint d’ignorer cette étude, avant d’émettre de sérieux doutes sur cette analyse et d’exiger une vérification plus poussée. Les excuses officielles ne sont jamais venues, mais à ma connaissance le Conference Board n’a plus jamais produit de telles études.
Dans le cas de Statistique Canada, sa réponse aux critiques a été plus honorable, même si elle a pour effet de porter ombrage à la qualité et à la fiabilité de son travail.

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