1 octobre 2015
Carte postale de Denyse Bégin
Terre-Neuve : périple en solo sur Le Rocher
Par: Jennifer Blanchette
Durant 18 jours, Denyse Bégin est allée de surprise en surprise sur l’île de Terre-Neuve. Photo Denyse Bégin

Durant 18 jours, Denyse Bégin est allée de surprise en surprise sur l’île de Terre-Neuve. Photo Denyse Bégin

Fidèles à notre imaginaire, les flancs de la province sont parsemés de villages de pêcheurs colorés. Photo Denyse Bégin

Fidèles à notre imaginaire, les flancs de la province sont parsemés de villages de pêcheurs colorés. Photo Denyse Bégin

La petite Toyota de Denyse Bégin avait 6 845 kilomètres de plus au compteur à son retour de Terre-Neuve il y a un mois. Femme de défis, la Maskoutaine a accompli, seule, le tour du Rocher (The Rock) en 21 jours. De cette province aux paysages rudes, elle garde un souvenir mémorable qui risque de se dissiper aussi lentement que les bancs de brouillard frappés au long de la route.

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À peine débarquée du traversier en provenance de la Nouvelle-Écosse, Denyse se ­butait déjà aux épaisses brumes blanches de Terre-Neuve. Sans se laisser démonter, elle a mis le cap vers Cape St Mary’s et son Bird Rock, la version maritime de l’île ­Bonaventure, en Gaspésie.

« Je suis arrivée à un cap rocheux et devant moi, il y avait des milliers de Fous de Bassan. Le Bird Rock est juste en face de nous, séparé par quelques mètres d’océan. C’est encore plus spectaculaire que l’île Bonaventure », témoigne la Maskoutaine.

La poursuite de la découverte de la côte Est s’est effectuée au rythme des petits villages de pêcheurs rencontrés. Trinity, Petty ­Harbour, Bonavista… Des communautés qui frappent l’imaginaire avec leurs petites bicoques colorées parsemant l’arête des ­falaises abruptes.

« Les caps rocailleux, les rochers, tout est tellement magnifique. Les formations ­géologiques sont aussi à couper le souffle. J’allais d’une surprise à l’autre durant mon voyage. C’est une belle fierté d’avoir accompli ce périple », exprime celle qui travaille comme agente de communication à la MRC des Maskoutains.

Denyse en a également profité pour faire le saut dans la capitale du Rocher, St-John’s, une ville dynamique où les traces des conflits opposants les Français aux Anglais sont ­encore bien visibles.

Île de feu

Après une courte traversée par bateau, la Maskoutaine est débarquée sur l’île de Fogo, qu’elle qualifie de plus sauvage que le reste de la province maritime.

La voyageuse était bien excitée à l’idée de voir ce repère d’artistes ainsi que le Fogo ­Island Inn, l’hôtel à l’architecture décalée qui a mis sur la carte ce havre isolé.

Si les touristes s’extasient devant les lignes ultramodernes du bâtiment, ce n’est pas le cas pour tous les résidents. « J’ai rencontré un monsieur qui vit là et qui n’était pas du tout enthousiaste à l’idée de ce projet. Il considère que c’est une place pour les riches et a refusé la nuitée gratuite offerte par la propriétaire », détaille Denyse.

Une opinion qui peut avoir du sens ­sachant que les visiteurs doivent débourser 20 $ uniquement pour entrer dans l’établissement.

C’est aussi sur cette petite île de 254 km2 que Denyse a vécu son coup de coeur du voyage, dans le village de Tilting. « Je visitais les quais et les cabanes de pêcheurs lorsqu’un d’entre eux est arrivé avec ses ­morues fraîches. Il les a balancées sur le quai et a commencé à les dépecer sous mes yeux. C’était tellement inattendu, j’ai cru que c’était une mise en scène organisée par les responsables du musée Dwyer Premises », souffle-t-elle.

Évidemment, on ne peut pas avaler les ­kilomètres jusqu’à Terre-Neuve sans mettre le pied dans les parcs nationaux de l’Anse aux Meadows et de Gros Morne.

La visite du premier, un lieu de reconstitution des villages vikings situé à la pointe ­septentrionale du Rocher, a été freinée par des rafales de 80 km/h et une pluie ­diluvienne. Déception pour la voyageuse.

Heureusement, le parc national de Gros Morne lui a réservé un spectacle de toute beauté : les Tablelands de Rocky Harbour. « C’est comme si le coeur de la terre était ­remonté à la surface. J’avais l’impression d’être en visite sur la lune! Il y a des arbres qui datent de trois ou quatre cents ans, mais qui sont toujours nains à cause de la toxicité du sol », s’ébahit encore Denyse.

Bêtes noires

L’idée de parcourir de façon autonome une région plutôt isolée du pays n’inquiétait pas outre mesure la Maskoutaine.

Au contraire, ce sont les rencontres ­impromptues avec des visiteurs à quatre pattes qui la rendaient nerveuse.

« Ils ont commencé à contrôler les ­populations d’orignaux, car il y avait trop d’accidents de la route. C’était un stress constant pour moi. J’avais lu partout de ne pas conduire la nuit et de demeurer très vigilant sur la route. »

Bien sûr, ce qui devait arriver arriva. ­Denyse a croisé un orignal en bordure du chemin, une rencontre qui s’est déroulée sans heurt, tout comme les trois semaines passées sur cette immense plateforme ­rocheuse aux allures de bout du monde.

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