8 novembre 2012
Thomas Maguire
Par: Le Courrier
Thomas Maguire par Théophile Hamel.Source: Musée des Ursulines de Québec, Collection du Monastère des Ursulines de Québec.

Thomas Maguire par Théophile Hamel.Source: Musée des Ursulines de Québec, Collection du Monastère des Ursulines de Québec.

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Dans une chronique précédente, nous avons parlé brièvement de la contribution linguistique de l’abbé Thomas Maguire. Mais qui est-il et quel est son lien avec Saint-Hyacinthe?

Thomas Maguire est né le 9 mai 1776 à Philadelphie de parents catholiques irlandais qui émigrent à Halifax peu après sa naissance. Ses professeurs le convainquent de consacrer sa vie au sacerdoce et l’envoient au Séminaire de Québec. Il se retrouve secrétaire du diocèse de Québec en 1797, un poste administratif important pour l’ambitieux jeune homme. Ordonné prêtre en octobre 1799, il est nommé vicaire à la cathédrale Notre-Dame de Québec, puis curé à Berthier-sur-Mer en 1805 et à Saint-Michel-de-Bellechasse l’année suivante.Outre l’important mandat de reconstruction de l’église qui brûle à peine quelques mois après son arrivée à Saint-Michel, il découvre rapidement que l’éducation de la jeunesse canadienne l’intéresse et déniche quelques candidats intéressants, dont le jeune Augustin-Norbert Morin, futur politicien respecté et coauteur de la réforme du Code civil du Bas-Canada.Malgré une proposition intéressante d’être nommé coadjuteur en Nouvelle-Écosse en 1818, Maguire refuse de quitter le diocèse de Québec et contribue à la fondation de la Société d’éducation de Québec, un organisme voué au financement des études ecclésiastiques au sein des familles pauvres, car il constate la qualité médiocre de l’éducation, surtout au niveau de la civilité et du langage.Durant les années 1820, il s’intéresse à la polémique entourant le pouvoir civil (britannique et donc, protestant) face au pouvoir religieux (catholique) et s’offusque ouvertement dans les journaux à la suite de la publication d’un livre sur l’histoire du Canada par William Smith (1769-1847), qui, selon Maguire, dénigre les Canadiens et leurs institutions.C’est en 1827 que l’archevêque de Québec, Mgr Bernard-Claude Panet, le nomme directeur du Collège de Saint-Hyacinthe, afin de hausser la qualité de l’éducation au sein de l’institution et d’encourager les études théologiques.L’abbé Maguire s’avère un administrateur rigide, mais bénéfique pour les finances de l’école. Il demande qu’on dresse un portrait du Collège, grâce à des listes des professeurs (avec leurs compétences) et des élèves (avec leur lieu de naissance), des matières enseignées et même le premier inventaire de la bibliothèque.Mais il constate que l’administration financière du Collège est confondue dans celle de la paroisse, étant donné que l’abbé Antoine Girouard est à la fois administrateur responsable du Collège et curé de la paroisse. La volonté de Maguire de séparer l’administration scolaire de celle de la paroisse contribue à semer la crainte autour de lui, car il remet en question la réputation du bien aimé Antoine Girouard. Son entêtement s’avérera défavorable puisque l’évêque de Montréal, Mgr Jean-Jacques Lartigue, le démet de ses fonctions en 1831. Déçu de la situation, il refuse un poste à Montréal et part enseigner au Séminaire de Québec.Parallèlement à ses fonctions de directeur du Collège, Thomas Maguire est mandaté par Mgr Lartigue pour aller plaider la cause des Sulpiciens à Rome en 1829-1830. Par la même occasion, il essaiera d’obtenir les lettres patentes pour le Séminaire de Saint-Hyacinthe, mais en vain. Il en profite pour arrêter à Paris et publie son premier livre sur l’administration d’une paroisse à l’usage des jeunes prêtres. Il retourne à Rome en 1833 pour plaider une autre cause, mais sur place, il constate que la polémique vise à empêcher les Canadiens de diriger les destinées des Sulpiciens à Montréal, chasse gardée des Français.Thomas Maguire obtient vraiment sa notoriété durant ses dernières années de vie, à titre d’aumônier pour les Ursulines de Québec, un poste qui lui permettra de mettre en valeur ses talents indéniables d’administrateur et sa volonté de contribuer positivement à la vie éducative des Canadiens. En 1841, il publie ce qui constitue un des premiers ouvrages de référence sur la langue française au Canada, intitulé « Manuel des difficultés les plus communes de la langue française, adapté au jeune âge, et suivi d’un recueil de locutions vicieuses ».Selon l’historien James H. Lambert, Thomas Maguire décède d’une inflammation pulmonaire, aggravée par le choléra, le 17 juillet 1854 et sera inhumé sous le sanctuaire de la chapelle des Ursulines. Sa vie aura été marquée par son tempérament rigide et son goût insatiable d’améliorer l’éducation de la jeunesse canadienne.

Par Anne-Marie CharuestMembre du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe

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