14 avril 2016
Démolition
Tout détruire pour reconstruire
Par: Sarah Daoust Braun
VVS Films

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Après

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Davis Mitchell (Jake Gyllenhaal) n’est plus tout à fait le même depuis que sa femme Julia est morte dans un accident de voiture. Le veuf s’est mis à écrire de longues missives à la compagnie qui ­possède la machine distributrice qui était défectueuse à l’hôpital, le soir du drame, sans espérer de retour.

Puis, il tombe sur Karen (Naomi Watts), mère célibataire qui éprouve des difficultés avec son fils adolescent. Au fil de leurs rencontres, Davis tente de ­comprendre pourquoi il n’éprouve pas d’émotions face à la disparition de son épouse et développe un goût inusité pour la démolition.

À défaut de s’être inspiré d’une histoire vraie comme dans ses deux précédents films, Jean-Marc Vallée centre à nouveau sa lentille sur un personnage singulier, fort, qui sort des sentiers battus. Il ­insuffle d’ailleurs à son long-métrage, qui rappelle Café de Flore, un certain ­onirisme, une douce fantaisie, qui ­accompagne bien l’état d’esprit un peu second qui habite le personnage de Davis. Son complice, Yves Bélanger, offre une très jolie photographie qui ­s’accorde avec cette atmosphère un brin décalée, hors du temps, amplifiée par un montage expressif.

Le scénario de Bryan Sipe, plein ­d’humour doux-amer et ironique, met l’accent sur le parcours de cet homme qui n’a jamais été tout à fait conscient, présent, et qui décide maintenant d’être pleinement vrai et honnête. Pour y arriver, il devra se ­déconstruire — en détruisant littéralement ce qui l’entoure, un procédé ­scénaristique un peu de premier degré — et nouera une relation sans faux-­semblant avec Karen et son fils. ­Démolition souffre cependant de quelques longueurs et sa conclusion, peut-être un peu trop évidente, tombe à plat.

Il reste que Jake Gyllenhaal, dans la peau de ce léger névrosé, semble prendre grandement plaisir à l’interpréter. Il ajoute ici une autre corde à son arc, lui qui varie depuis quelques années les rôles de tous genres, comme dans ­Southpaw ou Nightcrawler.

Démolition n’est peut-être pas le long-métrage le plus significatif de Jean-Marc Vallée, mais demeure un agréable petit ovni dans sa filmographie.

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