7 juin 2012
Carte postale de Michael Latour
Transit à Djibouti
Par: Le Courrier

Le Djibouti est un tout petit pays d’Afrique de l’Est, longeant la côté du golfe d’Aden et de la mer Rouge. Dans la capitale qui porte le même nom, les étrangers sont de passage, pour le travail ou l’entraide internationale.

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Michael Latour s’y est retrouvé lui aussi en transit pendant un an. Une cinquantaine de semaines desquelles il conserve des souvenirs bien clairs et un sentiment mitigé devant toute la complexité politique et historique du pays.

M. Latour est né à New York. Il s’est retrouvé à Saint-Hyacinthe avant d’avoir 10 ans pour y passer toute sa jeunesse. Il a fréquenté l’école Douville, l’école secondaire Fadette, la polyvalente Hyacinthe-Delorme et le Cégep de Saint-Hyacinthe, où il s’est d’ailleurs illustré en remportant la finale de Cégep en spectacle derrière son piano. Un piano qu’il ne quittera plus pendant ses études en musique au Cégep Saint-Laurent, puis à l’Université de Montréal, où il obtient un baccalauréat en interprétation, avant de s’envoler vers Munich. Là-bas, il communique en anglais à défaut de comprendre l’allemand et s’éprend d’une jeune Japonaise avec qui il parle en espagnol, leur seule langue en commun. « Un jour, dans le train, j’ai commencé à lire Madame Bovary, un roman français, et j’étais fasciné. Peut-être pour me rattacher à ma langue à travers le choc des cultures que je vivais, je me suis réfugié dans la littérature française. »Tant et si bien qu’il s’est ensuite établi dans la Grosse Pomme pour compléter une maîtrise en littérature au Queens College City University of New York et entamer un doctorat qu’il poursuit tout en enseignant à temps plein la littérature française et francophone à Fordham University. C’est au cours de son parcours de doctorant qu’il s’est retrouvé à Djibouti, au milieu des années 2000, dans le cadre d’un projet humanitaire. Son rôle? Travailler auprès des gens qui forment les enseignants du pays. « Le défi est de taille. Par exemple, les enseignants du niveau primaire dirigent des classes d’une cinquantaine d’élèves qui parlent l’un des quatre dialectes du pays et qui, souvent, ne se comprennent pas entre eux. Pis encore, les cours sont dispensés en français, puisque le pays était jusqu’en 1977 une colonie française. Or, c’est une langue que la plupart des petits Djiboutiens ne comprennent pas. »

Division

Dès son arrivée à Djibouti, Michael Latour a été frappé par la pauvreté, la misère et l’état précaire dans lequel vit la population. Il a mis plusieurs semaines à s’ajuster à une réalité qu’on voit souvent à la télé, mais rarement face-à-face.

« La société est divisée en deux. D’un côté, les locaux et de l’autre, ceux qui viennent d’ailleurs pour un certain temps, souvent pour le travail, en échange de gros bonus. Les soldats américains et français y sont particulièrement présents. Ça crée une situation très particulière, qui s’ajoute à la réalité politique et historique du pays. » Cette division entre les Djiboutiens et les étrangers est d’ailleurs bien visible pour quiconque visite le pays. Par exemple, les étrangers ont leur épicerie européenne bien à eux et vivent dans des appartements climatisés.« Personnellement, j’ai établi peu de contacts avec des gens originaires du pays. Je sentais vraiment une barrière. J’ai remis beaucoup de choses en question. »Michael Latour a aussi visité le nord du pays, un coin isolé qui n’obtient aucune aide de la capitale en guise de représailles à un conflit ethnique d’une autre époque. La zone est sans ressources. Même les vestiges de la guerre n’ont pu être effacés, faute de moyens.Ainsi, la poignée de visiteurs du Djibouti se rend au sud du pays, essentiellement pour visiter parents ou amis européens ou occidentaux. « Mais ils ne sont pas déçus, parce que malgré tout, c’est excessivement beau. »Les terres arides et désertiques donnent lieu à des paysages lunaires. Ou de fin du monde, si l’on se fie aux scènes tournées à Djibouti en 1968 pour La planète des singes.On croise ici un troupeau de gazelles, là-bas un autre de dromadaires ou de babouins. Les rares points d’eau attirent la curiosité. Le Lac Assal, notamment, est un lac d’eau chaude et salée, dans lequel on peut flotter, comme dans la mer Morte. Le lac se situe au creux d’un cratère, dans un paysage volcanique où le sable noir côtoie les dépôts de sel blanc cristallisés, ce qui en fait un site « beaucoup plus beau que celui de la mer Morte », lance M. Latour à la seule évocation d’une comparaison.Le clou du spectacle offert par la nature demeure toutefois du côté de la mer Rouge, selon le professeur Latour. Les vagues d’une eau turquoise et translucide frappent les longues plages de sable blanc. Les côtes sont par ailleurs peu fréquentées pour des activités récréatives. Les gens y viennent essentiellement pour s’y laver et se rafraîchir. Ceux qui ont la chance de trouver un bateau pourront aussi décupler le plaisir. « Avec des collègues, on allait souvent à la pêche, raconte M. Latour. En s’y rendant, les dauphins suivaient le bateau. La plongée permet aussi de découvrir les coraux. C’est une merveilleuse expérience. La richesse de la nature contraste vraiment avec la pauvreté des gens qui habitent ce pays. Ça m’a marqué profondément. »Depuis son retour de Djibouti, Michael Latour s’est installé à New York, dans le Bronx, un quartier en pleine transition, où se côtoient aussi désormais des classes sociales bien différentes. Décidément, Michael Latour aime se retrouver au coeur des contradictions. À suivre, dans la prochaine carte postale…

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