25 juin 2020
Carte blanche
Troisième solitude
Par: Christian Vanasse
Publicité
Activer le son

Tsé que j’ai déjà été un p’tit « saint Jean Baptiste »? Les cheveux frisés, déguisé en berger assis sur une botte de foin, j’ai défilé dans mon village natal de Saint-Nazaire sur une plateforme tirée par un tracteur sous un beau soleil de juin.

J’étais fier. De mon village, de ceux et celles qui y vivaient comme de leurs ancêtres, fier de tous ces « nous ». J’étais aussi curieux de l’héritage et de l’histoire du « peuple fondateur » auquel je me sentais appartenir. Curieux du fait français en Amérique, inscrit partout sur le territoire et qui me permettait de célébrer le 24 juin à Saint-Hyacinthe, Saint-Denis, Saint-Ours ou Saint-Polycarpe. Adolescent, j’ai pris conscience du deuxième « peuple fondateur », l’« autre solitude ». Je me sentais moins y appartenir et pourtant la présence anglaise est aussi inscrite partout sur le territoire de Drummondville à Sherbrooke en passant par Warwick ou Acton Vale. Ces « deux solitudes » faisaient partie de mon identité.

Ignorer ce récit serait oublier une partie de moi-même. Mais une fois adulte, j’ai réalisé qu’il y avait une « troisième solitude », un autre « peuple fondateur » que je méconnaissais. Un « peuple invisible » avec qui nous avons pratiqué trop longtemps la distanciation sociale. Je suis alors devenu curieux, avide et assoiffé de l’histoire qu’on ne m’avait pas racontée. De la Matapédia au Témiscamingue en passant par l’Abitibi, l’Outaouais, la Manicouagan et des rives de la Yamaska jusqu’à Nathasquan… ce peuple est si profondément inscrit dans notre territoire qu’il lui a même donné son nom : Kébek. Aujourd’hui, je célèbre en pensant à vous, qui avez façonné mon identité et dont je suis plus que jamais curieux de connaître l’héritage.

Merci, thank you, wliwni, tshinashkumitin, tiawenhk, nakurmiik et chi-miigwech.

image