28 avril 2016
Le couvent de Saint-Pie
Un bâtiment d’intérêt historique
Par: Benoit Lapierre
Le vieux couvent de Saint-Pie a une valeur historique et patrimoniale certaine selon la MRC des Maskoutains. Photothèque | Le Courrier ©

Le vieux couvent de Saint-Pie a une valeur historique et patrimoniale certaine selon la MRC des Maskoutains. Photothèque | Le Courrier ©

Voué à la démolition parce qu’une mise aux normes « incendie » coûterait trop cher à son propriétaire, Habitat Saint-Pie et à la municipalité, le vieux couvent de Saint-Pie n’en est pas moins un bâtiment ancien dont les caractères historique et culturel sont reconnus par la MRC des Maskoutains.

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Dans son inventaire architectural des ­bâtiments du territoire, la MRC lui attribue la cote B des édifices « d’intérêt supérieur », la troisième sur une échelle qui en compte 10. Elle vient tout de suite après la cote AA donnée aux quelques rares monuments d’intérêt ­patrimonial exceptionnel et la cote A – intérêt patrimonial exceptionnel ­reconnu – qu’aucun élément architectural n’a encore obtenu dans la MRC.

« Le bâtiment est très représentatif de l’architecture institutionnelle de l’époque. Une influence Second empire dans l’architecture publique se fait sentir avec le toit mansardé et la tourelle centrale, anciennement couronnée d’un superbe clocher visible sur les photos anciennes que l’on gagnerait à reproduire ne serait-ce que partiellement avec un campanile qui redonnerait de la prestance à la tour centrale (…). Un bâtiment très similaire de la même congrégation a été cité par la Ville de Saint-Césaire en 2007 et se retrouve dans le répertoire du patrimoine du Québec », peut-on lire sur la fiche d’inventaire se rapportant au couvent.

Fondé en 1888, le couvent des Soeurs de la présentation de Marie de Saint-Pie est demeuré une maison d’enseignement jusqu’en 1953, année où une nouvelle école a été inaugurée, après quoi il a accueilli des classes du secteur public tenues par les soeurs jusqu’en mars 1972. Les dernières religieuses ont quitté le couvent le 6 décembre 1976, relatent Blanche Plante Biron et Madeleine Chevrette, soeur de Sainte-Marthe, dans leur livre sur ­l’histoire du couvent de Saint-Pie paru en 1988.

À propos du bâtiment lui-même, on y apprend que le clocher a été enlevé de sa base à l’été 1966 et que juste en ­dessous, à la hauteur de la mansarde, une niche abritait une statut de Marie qui y avait été installée en 1894. Habitat Saint-Pie en fit cadeau aux Chevaliers de ­Colomb en 1979, qui la transportèrent à leur colonie de vacances du lac Blanc (Portneuf). La statue actuelle, la Vierge au sceptre, a été installée dans le parterre en 1927 et était alors tournée vers le couvent. La Ville de Saint-Pie tient à ce que cette sculpture demeure où elle se trouve afin qu’elle rappelle le caractère religieux de l’emplacement, quoi qu’il advienne du couvent transformé en centre communautaire. C’est ce qu’on retrouve dans un projet de règlement d’urbanisme que le conseil municipal a présenté ce ­printemps et qui exige aussi la conservation des aménagements paysagers et des plantations dans la cour.

À la différence de celui de Saint-Pie, le couvent des Soeurs de la présentation de Marie de Saint-Césaire a été reconverti en bonne partie en une résidence pour aînés, ce qui a nécessité, entre autres, l’installation de gicleurs pour que les lieux répondent aux normes de protection contre l’incendie. « Mais il y a des subventions pour ça », a indiqué Étienne Chassé, coordonnateur en sécurité incendie et chef de la division prévention à la MRC Rouville.

Toutefois, le programme de subvention du ministère de la Santé et des Services sociaux sur les gicleurs dans les résidences privées pour aînés ne ­s’applique pas dans le cas du centre communautaire de Saint-Pie. Il ne ­permettrait donc pas de réduire la facture de 500 000 $ qui a été établie pour la mise aux normes du bâtiment.

Tel que convenu entre Habitat Saint-Pie et la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), les organismes qui occupent le centre communautaire – tous avaient versé une contribution de 1000 $ pour l’évaluation du coût des travaux correctifs – devront l’avoir quitté le 30 juin. Le Centre de la Famille Saint-Pie se relogera au 20, Saint-François, face à la Caisse populaire, La FADOQ ­occupera un local voisin de la ­bibliothèque municipale, rue Notre-Dame, et les Chevaliers de Colomb utiliseront la sacristie de l’église Saint-Pie pour leurs réunions. « On aura encore nos brunchs au centre sportif, mais pour les 5 à 7, c’est fini, et c’est ça le gros problème. C’est le service des incendies (de Saint-Hyacinthe) qui nous a sortis de là complètement. Ils n’ont ­jamais pensé que c’est un édifice centenaire et qu’il n’y a personne qui demeure là », a commenté Denis ­Loiselle, Grand Chevalier. « Tout le monde trouve ça dommage, ce qui ­arrive », déplore Nicole Chouinard, du Centre de la Famille.

Quant aux dames de l’AFEAS, elles ont décidé de fermer le comptoir familial qu’elles tenaient au centre communautaire, a-t-on appris. Une fois vide, l’édifice pourrait être démoli par Habitat Saint-Pie, qui se propose de construire une troisième résidence pour aînés sur cet emplacement de la rue de La Présentation.

Étant donné que la Ville de Saint-Pie ne s’est pas encore dotée d’un règlement de démolition, comme le lui suggère la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, elle ne pourrait, dans l’état actuel des choses, empêcher ou retarder la ­destruction du vieux couvent. Faute de comité de démolition pour analyser les requêtes présentées, elle ne peut que délivrer les permis de démolition qui lui sont demandés.

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