20 mai 2021
Siège social de l’ITA à Saint-Hyacinthe
Un choix logique
Par: Martin Bourassa

On savait déjà que l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ) allait vivre une étape importante de son histoire le 1er juillet, en obtenant son autonomie et en se dégageant de l’influence du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, gracieuseté de l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur l’ITA. Deux campus, celui de Saint-Hyacinthe, où se concentrent les trois quarts des étudiants, et celui de La Pocatière, relèveront d’une même direction générale et d’un même conseil d’administration. Mais ce que nous ignorions jusqu’à tout récemment, c’est que cette bonne nouvelle en cachait une seconde, du moins pour la région maskoutaine.

Publicité
Activer le son

Dans un décret de quelques lignes, noyé dans la Gazette officielle du 28 avril, le gouvernement a déterminé que le siège social de l’ITA serait situé à Saint-Hyacinthe. Cette décision pourtant pleine de bons sens a réactualisé l’expression voulant que le bonheur des uns fasse le malheur des autres. Des malheureux qui vivent dans le passé, il y en a beaucoup du côté de La Pocatière. À écouter les élus de l’endroit, Québec aurait dû privilégier La Pocatière pour des raisons purement historiques puisque l’ITA est établi là-bas depuis 1859 et représente son berceau. Ils en font une question d’identité, de principe et de traditions. L’hebdomadaire Le Placoteux, la référence dans Kamouraska-L’Islet, a parlé de « consternation généralisée au Québec », même si je n’ai pas entendu grand-monde en dehors de la région de La Pocatière s’indigner de cette décision.

Les élus de Kamouraska ont beurré épais. Sylvain Roy, député péquiste de Bonaventure, a dit craindre que les grandes orientations stratégiques de l’ITAQ ne soient contaminées par Saint-Hyacinthe où se concentrent les gros joueurs de l’industrie agricole conventionnelle. Selon lui, « pas sûr que Saint-Hyacinthe va prioriser les demandes sociétales de transition en agriculture. La Pocatière aurait été susceptible d’amener davantage un modèle innovant en agriculture à travers l’ITAQ ». Le député conservateur de Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup, Bernard Généreux, a renchéri en affirmant que cette décision n’avait à son point de vue aucun sens logique.

On va se le dire, et ce n’est pas faire preuve de chauvinisme ou d’aveuglement volontaire, le choix de Saint-Hyacinthe s’imposait de lui-même. L’agriculture au Québec, ça se passe à Saint-Hyacinthe depuis des décennies. C’est connu et reconnu partout. En plus d’avoir les plus belles terres du Québec, et l’UPA le répète chaque semaine, Saint-Hyacinthe est la capitale agroalimentaire par excellence et une zone d’innovation indéniable.

Fort heureusement, Saint-Hyacinthe Technopole et la Ville de Saint-Hyacinthe sont sortis sur la place publique pour défendre notre réputation. La première, en parlant d’un choix « justifié et légitime » qui repose sur une tradition plus que centenaire en matière de production, de transformation, de commerce et d’échanges de même que de formation liés au monde agricole. La seconde, par la bouche du maire Claude Corbeil, en rappelant la cohabitation naturelle entre l’ITAQ, les 1200 exploitations agricoles, les 100 entreprises agroalimentaires, les 10 institutions de recherches et d’enseignement ainsi que les 200 chercheurs de réputation internationale du territoire.

Fin du débat, passons à un autre appel. Parlant de ça, on devine que la réaction hypodermique des gens de l’Est-du-Québec tient aussi au fait que ce n’est pas la première fois qu’ils se sentent brimés au profit de Saint-Hyacinthe. Ceux-ci ont encore sur le cœur le fait d’avoir vu la Faculté de médecine vétérinaire s’établir chez nous au lieu de s’installer dans leur coin de pays en s’affiliant avec l’Université Laval, en 1947. Contre toute attente, le gouvernement de Maurice Duplessis avait opté pour les baraques militaires de Saint-Hyacinthe, sous l’influence du ministre de l’Agriculture, Laurent Barré, et du député de Saint-Hyacinthe et propriétaire du COURRIER, Ernest Chartier.

Lors de l’inauguration en sol maskoutain, le ministre Barré avait d’ailleurs motivé cette décision controversée de l’Union Nationale par le fait que la région de Saint-Hyacinthe était le plus beau centre agricole de la province.

Et c’est encore plus vrai en 2021. Pour les gens de l’Est-du-Québec, c’était vu comme une injure et 75 ans plus tard, le gouvernement vient d’y ajouter l’insulte.

Il faudrait en revenir un jour.

image