19 novembre 2015
Un cours d’eau pollué, une ville et des débats (1)
Par: Le Courrier
Sur ce plan de Saint-Hyacinthe datant de 1880, on retrouve la bâtisse de l’aqueduc, désigné ici sous le terme de « Water works », sur le terrain bordé par la rivière et par les rues Bourdages et Girouard. Photo Archives Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe

Sur ce plan de Saint-Hyacinthe datant de 1880, on retrouve la bâtisse de l’aqueduc, désigné ici sous le terme de « Water works », sur le terrain bordé par la rivière et par les rues Bourdages et Girouard. Photo Archives Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe

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Faire l’analyse historique d’une rivière, c’est beaucoup plus que de relater des faits et des événements ponctuels se ­manifestant à travers les époques. Au-delà de la présence physique d’un cours d’eau près d’agglomérations urbaines, il faut s’attarder plus particulièrement aux rapports existants entre les riverains et leur rivière.

Nous nous proposons ici d’aborder le couple rivière-ville comme un tout, où les lignes de démarcation entre système ­fluvial et société humaine sont trop entremêlées pour que l’on puisse concevoir l’un sans l’autre.

L’histoire des Maskoutains est un bel exemple de cette interrelation, car on en retrouve des traces dès l’établissement des premiers colons. Nous n’avons qu’à penser au premier moulin à farine mis en place au Rapide Plat par le seigneur Jacques-Hyacinthe-Simon Delorme en 1760, ou encore au moulin à carder la laine et à fouler les étoffes construit en 1816 au village de Saint-Hyacinthe, deux bâtiments qui utilisent la force motrice des eaux de la Yamaska. Bien que ­purement technique, cette interrelation a permis à la population maskoutaine de mettre en place les premiers jalons qui serviront à l’accélération de la croissance industrielle vers les années 1830.

Pour en revenir au titre du présent ­article, ce qui nous intéresse plus particulièrement, c’est d’utiliser le concept de pollution comme angle d’approche à cette interrelation entre les Maskoutains et leur rivière. Soulignons d’entrée de jeu que le problème de contamination ­fluviale n’est pas propre à la décennie 1970. Déjà, vers la fin du XIXe siècle, on retrouve le présage de tensions qui ­deviendront, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, beaucoup plus ­prenantes pour les autorités municipales, parce que plus médiatisées et ­débattues dans l’espace public.En fait, la double utilisation de la rivière Yamaska, soit à des fins d’adduction d’eau potable et de déversoir pour les eaux usées, représente le point central de nombreuses querelles qui se ­déroulent tout au long de la période ­située entre la seconde moitié du XIX

En fait, la double utilisation de la rivière Yamaska, soit à des fins d’adduction d’eau potable et de déversoir pour les eaux usées, représente le point central de nombreuses querelles qui se ­déroulent tout au long de la période ­située entre la seconde moitié du XIXe et la fin du XXe siècle.

La mise en place de l’aqueduc

Les premières assises du système d’aqueduc de Saint-Hyacinthe sont élaborées en 1852, alors que Joseph Tétreault et Pierre Soly y vont d’une requête auprès du conseil municipal. Ceux-ci demandent l’autorisation d’installer une conduite d’eau sur la rue Des Cascades, depuis la rue Bourdages, jusqu’à la rue Concorde. Il est question également d’installer deux réservoirs munis de pompe sur la Place du Marché afin d’alimenter les maisons desservies par la conduite, en plus de fournir de l’eau en cas d’incendie.

Le 6 avril 1866, alors que se met en place le système d’aqueduc, une plainte concernant la présence de la tannerie des frères Louis et Georges Côté sur l’avenue Saint-Simon est déposée au conseil ­municipal. On leur reproche de rejeter dans la rivière des résidus chimiques. Ainsi, tel que rapporté dans la monographie Saint-Hyacinthe 1748-1998, le maire Georges-Casimir Dessaulles se rend sur les lieux de la tannerie, où l’un des ­propriétaires lui spécifie qu’il « […] serait absurde d’exiger de ne plus l’envoyer [l’eau usée] à la rivière parce qu’il n’y a pas moyen de l’envoyer ailleurs ». Quelques années plus tard, dans le but d’éviter d’autres tensions du genre, les autorités maskoutaines proposent aux messieurs Duclos et Payan d’installer leur future tannerie à l’extrémité de la rue Calixa-­Lavallée, près de la Yamaska, en aval de la zone habitée.

À la même époque, soit en 1871, la ­Compagnie de l’Aqueduc de Saint-­Hyacinthe prend en charge le service d’approvisionnement en eau de la cité, qui sera finalement municipalisé en 1894. À ce moment, l’eau est captée au bout de la rue Saint-Dominique dans le canal d’amenée du moulin ­seigneurial.

Entre temps, en novembre 1873, ladite compagnie demande au conseil municipal d’autoriser la mise en place d’un aqueduc. Cette initiative vient en quelque sorte en réponse aux inquiétudes de ­citoyens qui demandent la construction d’un nouvel aqueduc depuis quelques années.

En 1884, à la suite de la recension de quelques cas de fièvre typhoïde, une ­analyse de Mgr Charles-Philippe ­Choquette démontre que l’eau tirée de l’aqueduc est contaminé par des ­éléments malsains qu’il faut éliminer. Cette constatation pousse alors Louis Côté, maire de Saint-Hyacinthe et codirigeant de la Compagnie de ­l’Aqueduc, à régler le problème ­d’approvisionnement en eau potable en déplaçant la prise d’eau en amont du barrage, des habitations et des usines. Comme nous le verrons plus tard, cette initiative n’aura pas l’effet ­escompté.

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