7 janvier 2016
Un cours d’eau pollué, une ville et des débats (4)
Par: Le Courrier
Plan indiquant les points de prise d’eau dans la Yamaska, à la hauteur de la ville de Saint-Hyacinthe. Collection Centre d’histoire.

Plan indiquant les points de prise d’eau dans la Yamaska, à la hauteur de la ville de Saint-Hyacinthe. Collection Centre d’histoire.

Un jeu d’échelle : entre pouvoir local et pouvoir provincial (suite)

La seconde moitié des années 1950 est marquée par un conflit entre Saint-­Hyacinthe et Douville, qui déverse ses eaux usées à proximité de la prise d’eau de l’usine de filtration maskoutaine. ­Selon le surintendant de l’usine, Jean Blanchard : « Ces égouts n’étant aucunement désinfectés, ils sont un danger constant au point de vue bactériologique, affectent le goût, l’odeur, et la couleur de l’eau de la rivière, et occasionnent des dépenses additionnelles pour le traitement de cette eau ».

L’affaire est alors reprise par Le Clairon Maskoutain qui qualifie l’eau de la ­Yamaska de « sérieuse menace » pour la santé des citoyens et de « difficilement potable ». Cependant, l’ingénieur en chef du ministère de la Santé, Théo. J. Lafrenière, stipule que le journal alerte inutilement les citoyens. Selon lui, l’usine de filtration assure un approvisionnement en eau de qualité plus que ­satisfaisante.

C’est alors que Le Courrier de Saint-Hyacinthe se saisit de l’affaire et spécifie, dans le but d’abroger les propos ­précédemment tenus, que l’on semble : « […] avoir mêlé les cartes en ce qui concerne la qualité de l’eau de la rivière Yamaska, distribuée pour consommation à la population de Saint-Hyacinthe. Cette eau est nettoyée et filtrée selon les méthodes les plus modernes et n’offre aucun danger ».

Même si M. Lafrenière dit ne pas voir de danger au rejet direct dans la Yamaska, il recommande tout de même le déversement des eaux usées de Douville dans le réseau d’égout de Saint-Hyacinthe. ­Cependant, cette option semble être rapidement laissée de côté par les autorités maskoutaines. En effet, l’ingénieur de la ville souligne dans un rapport de 1959 que la capacité de l’égout collecteur de la rue Sicotte est tout juste suffisante au drainage du territoire qu’il couvre. Il ne serait alors pas convenable, selon lui, d’y relier le système d’égout de Douville. Quoique perplexe face à la véracité de ce dernier rapport, l’ingénieur hygiéniste du ministère de la Santé recommande donc le déversement des eaux usées au moyen d’une conduite de refoulement en aval du barrage et de la prise d’eau de Saint-Hyacinthe.

C’est à ce moment que la compagnie Penman’s, alors propriétaire du barrage, décide de s’en mêler. Dans une lettre adressée au ministre de la Santé, son ­gérant stipule qu’il serait intolérable pour les employés de la compagnie et pour la population en général d’être en présence d’une telle « puanteur ». Il ­mentionne également qu’une partie de cette eau est utilisée dans leur processus de production, mais pour cela, elle ne doit en aucun cas être polluée.

Afin de solutionner le problème, la ­Penman’s engage une firme d’ingénieurs-conseils pour dresser des plans exposant le prolongement du tuyau de rejet d’eaux usées de Douville à travers la passe migratoire du barrage. Avant ­d’autoriser de tels travaux, la compagnie demande l’approbation de ses plans aux différentes municipalités, ainsi qu’aux autorités gouvernementales ­responsables en la matière. Toutefois, on apprend dans le procès-verbal du 4 décembre 1962 du conseil municipal maskoutain que : « […] la cité de Saint-Hyacinthe ne peut davantage consentir au déversement de cet égout à l’endroit projeté, où le lit de la rivière est pratiquement à sec tout l’été, en raison des odeurs nauséabondes et pestilentielles qui se ­répandront sur son territoire […] ».

Or, les autorités maskoutaines sont les seules à refuser cette proposition. Compte tenu que Saint-Joseph-sur-Yamaska vient tout juste de construire une usine de filtration, elle y voit un avantage, car sa prise d’eau est située immédiatement en aval de l’émissaire de Douville. Ce nouvel ­itinéraire proposé permettrait d’éviter l’accumulation de « dépôts visqueux » à l’embouchure de sa prise d’eau. C’est du moins ce qui ressort du rapport de la Régie d’épuration des eaux du Québec datant de novembre 1962. De son côté, le ministère de la Chasse et des Pêcheries n’y voit pas d’inconvénient et autorise également ces travaux, tout comme la municipalité de La Providence.

Malgré tout, Saint-Hyacinthe persiste et s’abstient de signer la convention soumise par la Penman’s. Il faut finalement ­attendre l’année 1963 pour que le conflit se règle grâce à la construction d’une usine d’épuration des eaux à Douville.

Cela dit, les années 1960 seront ­marquées par une accentuation des ­interventions gouvernementales dans le milieu municipal, dont l’un des objectifs sera de contrer le déversement direct d’égout dans les rivières.

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