17 juin 2021
Groupe Sélection au centre-ville
Un dernier cadeau de bienvenue?
Par: Martin Bourassa
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D’entrée de jeu, une confidence. Mon journal et moi-même ne sommes pas très populaires auprès de Groupe Sélection, le promoteur immobilier qui essaie depuis cinq ans déjà de s’implanter au centre-ville de Saint-Hyacinthe. Je sais de source sûre qu’il n’apprécie pas la couverture journalistique dont il a fait l’objet chez nous.

Et vous savez quoi? Je m’en réjouis. La dernière chose que je voudrais, c’est que l’on associe les mots « complaisance » et « manque de rigueur » à la ligne éditoriale de ce journal et à la façon dont les journalistes du COURRIER exercent leur métier. Les sentiments du promoteur à notre égard sont le signe que nous sommes un média d’information, non de promotion.

Le 15 décembre 2016, nous avions révélé en primeur son intention de construire une tour de 15 étages et 260 logements dans le stationnement Intact, près du Centre des arts Juliette-Lassonde.

Ce fut le premier texte d’une très longue série. Depuis ce temps, LE COURRIER n’a fait que son travail. Nous avons relayé les questionnements et les appréhensions des commerçants, des résidents du centre-ville et des groupes communautaires. Nous n’avons jamais laissé notre objectivité au vestiaire.

Nous avons assisté à la séance d’informations et rapporté fidèlement ce qui s’y était déroulé. Par la suite, nous avons fait écho à chaque étape importante, comme le lancement d’une pétition, la création d’un groupe de pression, la volte-face des conseillers municipaux aux élections de 2017, la mise sur pause du projet, le changement de zonage contesté qui a suivi, la seconde mouture du projet près de l’avenue Saint-François, la crainte justifiée des locataires et la manifestation contre l’embourgeoisement du centre-ville.

À titre d’éditorialiste, j’ai toujours appuyé ce projet controversé, sachant fort bien que notre centre-ville a un urgent besoin d’amour et d’un investissement majeur. J’en avais davantage contre la manière de procéder. Et sachez que je crois encore que notre centre-ville a plus à gagner qu’à perdre avec le complexe de Groupe Sélection. Cela dit, l’objectif n’excuse pas tout. Permettez-moi de m’étonner du traitement royal accordé au promoteur qui compte investir entre 35 et 50 M$ dans la construction d’un immeuble de 160 unités.

Pour empocher des taxes foncières à très long terme et profiter d’un effet d’entraînement, la Ville n’a pas lésiné sur les accommodements, au point de les rendre déraisonnables.

C’est la Ville qui a financé des acquisitions (2,5 M$), démolitions et aménagements (825 000 $) pour remplacer les places de stationnement perdues. Elle a aussi cédé au promoteur une partie de terrain public pour la somme de 1 M$. Le directeur général de la Ville a beau dire que ce prix reflète la valeur marchande, ne soyons pas dupes. Pour établir cette valeur, encore aurait-il fallu qu’on teste le marché en mettant plus d’un promoteur en compétition. Et c’est aussi la Ville qui assumera en quelque sorte l’aménagement paysager du complexe résidentiel. Celui-ci prendra la forme d’une Place de spectacles… de 4 à 5 M$!

Ah oui, Groupe Sélection bénéficiera au surplus d’un congé de taxes sur cinq ans.

Et comme si tout cela n’était pas largement suffisant, la Ville a cru bon ajouter à cette liste un dernier cadeau de bienvenue. Elle assumera une partie des frais de décontamination du terrain, jusqu’à concurrence de 100 000 $. Elle le fera pour ne pas déplaire au promoteur si près du but, lui dont la valeur des actifs dépasse les 4 milliards de dollars et qui a déjà reçu la somme de 35 M$ du programme d’aide mis en place par le ministère de l’Économie pendant la pandémie. Groupe Sélection était-il vraiment à 100 000 $ près?

À la place de l’entreprise, je m’empresserais de dire à la Ville d’offrir cette somme en mon nom à la campagne de financement du Centre de bénévolat de Saint-Hyacinthe.

L’idée est lancée, il appartient maintenant à Réal Bouclin, président fondateur et chef de la direction de Groupe Sélection, de la saisir et d’y donner suite.

Et pas besoin de me remercier.

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