19 décembre 2013
Un don
Par: Martin Bourassa

Les syndiqués de l’Hôtel des Seigneurs sont drôlement doués. Ils ont le don de ne pas se faire aimer. Même en se forçant, il est difficile de les prendre en pitié et d’être sympathique à leur cause.

Jamais depuis le début du conflit de travail l’automne dernier, je n’ai réellement senti que la population était derrière eux. Pas plus aujourd’hui qu’aux premières heures. Je dirais même encore moins maintenant si cela se trouve.Ce n’est pas en paradant comme ils le font depuis quelque temps à l’Hôtel de Ville, en sacrant et maugréant comme ils l’ont fait au dernier conseil lundi, que les porte-paroles syndicaux vont changer la donne et renverser la vapeur. En agissant ainsi, et surtout en ne répondant pas aux questions légitimes des élus, ils ne font qu’exacerber l’opinion publique. On en vient même à plaindre la partie patronale, c’est bien pour dire.Curieusement, les élus viennent tout juste de découvrir à quel point il est ardu, voire impossible, d’obtenir l’heure juste des syndiqués sur l’état des négociations.Au niveau des médias, ce constat ne date pourtant pas d’hier.Jamais depuis le début de la grève, la partie syndicale n’a pris la peine d’exposer ses demandes de façon claire, nette et précise. Encore la semaine dernière, le président du syndicat local a refusé — ou peut-être en était-il incapable — de préciser quelles sont les exigences au niveau des salaires. Exemple : un rattrapage de 10, 15 ou 20 % sur six ans. Ce n’est quand même pas l’un des grands secrets de Fatima.Et quand les élus demandent aux employés s’ils sont suffisamment renseignés sur l’état des négociations et sur les plus récentes offres patronales qui leur ont été soumises, ils ne font que partager une préoccupation que tout le monde se pose en ville.N’en déplaise aux instances syndicales, nombreux sont ceux qui sont convaincus que ce sont depuis longtemps les grands penseurs de la CSN à Montréal qui tirent les ficelles du conflit de travail maskoutain et que localement les gens n’ont rien à dire.Difficile de penser autrement quand on sait qu’aucun vote n’a été pris en assemblée publique sur l’offre globale de règlement du 6 décembre.« Une offre pleine de trous qui ne méritait même pas un vote », a dit le syndicat.Cette offre aurait mérité mieux si vous voulez mon avis. Pour avoir eu l’occasion de la lire et de l’apprécier, je peux vous dire que je n’y ai rien trouvé d’odieux ou d’offensant pour les syndiqués. En plus d’une contribution accrue de l’employeur au régime de retraite des syndiqués et l’abandon d’un plan vert qui fait rager les employés, on pouvait y lire noir sur blanc une offre de rattrapage salarial de 12 % sur 6 ans.Ce n’est pas un gel et encore moins un recul. Mais les représentants syndicaux ont dit non, et les employés n’ont pu se prononcer. Une assemblée devait avoir lieu hier mercredi en fin de journée sur une autre offre globale de l’employeur. Une offre que les boss syndicaux ont déjà recommandé de rejeter. Un vote était au programme.J’ose espérer que les employés en auront profité pour remettre les dirigeants syndicaux à leur place et pour reprendre le plein contrôle de leur vie professionnelle. Il est grand temps que cesse cette triste et coûteuse saga. Il est minuit et cinq, pas moins une.

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