5 décembre 2013
Un étudiant au Séminaire (3)
Par: Le Courrier
Une séance de gymnastique.

Une séance de gymnastique.

Jeux

Jeux

Au cours de mes deux premières années de collège, j’ai très peu participé à la pratique des sports; on ne connaissait pas mes capacités au baseball, au hockey ou au tennis. Je n’étais pas choisi pour faire partie d’une équipe; j’en souffrais, j’étais gêné et n’osais pas m’imposer. Je voyais des bons à rien en sport qui s’amusaient et j’étais laissé de côté.

Mais au début de mon année de méthode, mes capacités furent reconnues et j’eus le loisir d’être de toutes les bonnes équipes. C’est arrivé de façon bizarre.Dans la salle de jeu, il y avait des poids de 40 et 80 livres; lorsque personne ne les levait, je m’approchais et, à 15 ans, je levais le poids de 80 livres avec assez de facilité. Aussi, un soir, un Franco-Américain me regardait faire ce qu’il ne se sentait pas la force d’égaler et, pensant que je pouvais être bon dans des sports, il vint me trouver pour me demander si je savais jouer au baseball. Sûrement lui ai-je dit, et je suis receveur. Son équipe était justement à la recherche d’un bon receveur pour attraper les lancers des frères Laflamme, deux lanceurs Franco-Américains.Après quelques jours de pratique, eût lieu la première joute; j’étais craintif, mais je réussis à m’implanter pour de bon en étant un bon receveur et en frappant deux coups sûrs qui aidèrent au gain de la partie. J’étais accepté haut la main.La pratique des sports m’a grandement aidé dans ma persévérance à demeurer pensionnaire au collège durant huit années.

Les congés

Au Séminaire, l’année scolaire commençait le lendemain de la fête du Travail et se terminait le 22 ou le 23 juin.

Nous avions la permission d’aller à la maison aux vacances de Noël (quinze jours) et le Lundi de Pâques.Durant la Semaine Sainte, pas de congé, pas de classe, mais une présence assidue à tous les offices religieux qui duraient environ quatre ou cinq heures par jour. De plus, le Jeudi Saint, nous faisions la visite de sept églises pour sept indulgences. On maugréait quelque peu, mais sans trop d’insistance car des punitions pouvaient en être la suite.Nous devenions saturés de religion, de génuflexions et de lamentations chantées.

Le tremblement de terre

En première année, nous étions logés au dortoir des petits, au quatrième étage du vieux collège. Les autres dortoirs étaient dans l’aile de 1911.

Un samedi soir, en février 1925, vers neuf heures, comme on se préparait à se mettre au lit, la terre se mit à trembler. Au quatrième étage, à soixante pieds du niveau du sol, ça tremblait encore plus; les lits se promenaient, quelques pots d’eau se renversèrent, il n’y avait pas d’eau courante dans ce dortoir. Le surveillant était blanc et les jeunes davantage; les uns criaient, d’autres pleuraient et plusieurs tentèrent de se sauver.Mais les secousses ne durèrent que quelques instants et très vite tout redevint calme.Même terminé, le tremblement de terre nous donnait encore la peur; la répétition était à craindre. Le sommeil vint lentement et après quelques jours le séisme était oublié.

En terminant

Il y aurait beaucoup à raconter sur toutes ces années passées au Séminaire; les études, les professeurs aimés ou détestés, les surveillants sévères ou bienveillants, les punitions, les joies, les convocations des directeurs Pamphile Lemay ou Aldée Desmarais, les taquineries de mon professeur et coparoissien Rosario Vadnais, l’humanisme de monsieur Philippe Auger et la compréhension de monsieur Édouard-Léon Paul-Hus qui nous permettait d’écouter le hockey du samedi soir au moyen de notre « petit cristal ».

J’aurais de belles descriptions sur les excursions aux Salines, les visites au « Pain de Sucre » du mont Saint-Hilaire, les soirées de la Cour civile et criminelle, les soirées récréatives, les concerts de fanfare ou d’orchestre, le feu du Séminaire et sur les olympiades d’automne et du printemps.Ces évènements, attendus d’un mois ou d’une semaine à l’autre, nous procuraient un grand plaisir et entretenaient notre persévérance à l’étude et sauvaient notre séjour au collège.J’étais toujours content de l’arrivée des vacances. Je vivais cette période dans mon village natal. Je retrouvais la famille, les frères et soeurs, les copains, les endroits favoris pour les loisirs, la détente et les petites amourettes. J’aidais mon père, je me reposais de l’étude et mon temps libre était partagé entre les lectures et les jeux. Petit à petit, j’apprenais à devenir un homme et ma vocation se dessinait.

Épilogue

Je termine par un quatrain d’Ernest Pallascio-Morin; il fait réfléchir l’homme arrivé au penchant de sa vie :

Rien n’est précis dans le destinDont un homme croit qu’il dispose,Il a misé sur le matin,Mais c’est la nuit qu’on lui propose.

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