6 novembre 2014
Un pas
Par: Le Courrier
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Il m’est arrivé d’être déçu de mon Église. Aujourd’hui, elle me donne une occasion d’espérer et j’en suis fier.

Il se passe actuellement quelque chose de rare dans l’Église. Comme je suis né après le Concile du début des années ’60, c’est d’ailleurs la première fois que je vois quelque chose du genre. Environ 200 personnes, des évêques en très grande majorité, ont été invitées à Rome dans le cadre de ce que l’Église appelle un synode. Ils y retourneront dans un an afin de terminer leurs travaux.

Le pape François les a invités à débattre, en toute liberté, de l’attitude que devrait avoir l’Église envers les familles « non conventionnelles » (familles recomposées, couples homosexuels, couples non mariés, etc.). C’est quelque chose de nouveau à tous les points de vue. D’abord, dans la façon de travailler : les travaux ont été préparés à l’aide d’un sondage portant sur la situation concrète des familles à travers le monde. Ensuite, François a clairement mis l’accent sur la nécessité de la miséricorde, de l’accueil, du non-jugement. Il a invité les participants à se dire les choses telles qu’ils les pensaient plutôt que telles qu’ils devaient les penser ou les dire, jusque-là. C’est ce que François appelle le « franc-parler » évangélique. Il a souhaité et permis que ce débat se fasse sous l’attention des médias. Bref, il a pris le risque que tout ne soit pas prévisible. Cela démontre, chez lui, d’une foi profonde en l’action de l’Esprit.

Et ce qui devait arriver arriva. Des divergences claires sont apparues, ce qui a donné lieu à des débats sincères entre les tenants d’une ligne plus traditionnelle et ceux qui entrevoient autre chose. La solidarité ecclésiale n’y est pas vue comme un unanimisme imposé, mais comme un dialogue ouvert. C’est rare. Trop rare. Mais intéressant. Trop intéressant pour ne pas le souligner.

L’Église est une ardente avocate des droits de la personne dans le monde. À l’interne pourtant, sa culture fait en sorte qu’elle reconnaît toujours des différences de droit fondées notamment sur des éléments de nature sexuelle. Par ailleurs, ses réflexes démocratiques internes sont encore embryonnaires. Aussi, j’attends beaucoup du fond et de la forme du présent synode… même si je sais que tout ne pourra pas se faire soudainement.

Au-delà des résultats concrets qui seront ou non au rendez-vous, le simple fait que l’Église se pose des questions qu’elle ne semblait pas se poser – et qu’elle accepte de se les poser de cette façon-là – me donne déjà à espérer. Trop peu, trop tard? Je ne le vois pas ainsi. Dans la marche millénaire de l’Église, c’est certainement un pas dans la bonne direction…

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