17 juillet 2014
Les moulins d'Émileville
Un passé qu’on n’oubliera jamais
Par: Le Courrier

Un monument colossal, créé à même des vestiges du vieux barrage d’Émileville, rappellera à jamais, au bord de la rivière Noire, la belle histoire des moulins qui étaient actionnés jadis par la force de l’eau dans ce coin pittoresque de Saint-Pie.

Résultat de cinq années de labeur pour le concepteur, Richard Lebeau, l’oeuvre d’art a été dévoilée lundi en présence de la ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Hélène David.

« C’est extraordinaire. Quelle belle façon de se rappeler qu’on a un passé pour construire l’avenir. Ce mécanisme qui a été complètement reconstruit va aider tant les enfants que les adultes à comprendre d’où on vient. Nous descendons de bâtisseurs talentueux. Je trouve ça admirable de créativité, et je suis très contente d’être ici. Notre ministère est responsable du patrimoine et nous prenons cela très au sérieux », a confié au COURRIER la ministre David.La contribution du ministère de la Culture à ce projet s’élève à 10 000 $, sur un investissement total de 63 000 $. M. Lebeau a aussi obtenu 15 000 $ du fonds du Pacte rural, et 10 000 $ de la Conférence régionale des élus de la Montérégie Est. Le reste représente des contributions en biens et services qu’il a pu glaner ici et là en frappant aux portes d’innombrables entreprises. « C’est un homme très persévérant et très convaincant. Quelqu’un qui lance une idée comme celle-là doit aussi être capable de la vendre », a signalé le directeur général de la MRC des Maskoutains, Gabriel Michaud.Répondant à l’invitation de la Ville de Saint-Pie, de Patrimoine et Tourisme Saint-Pie et de la MRC des Maskoutains, plus de 200 personnes ont assisté à la cérémonie d’inauguration.

Découverte

Le projet de Richard Lebeau a pris forme à l’été 2009, au hasard d’une promenade qu’il effectuait près du barrage. Le gouvernement, qui en est le propriétaire, y effectuait des travaux de modernisation. Il tomba tout à coup sur un mécanisme tout déglingué qui avait été arraché à la pelle mécanique, puis déposé sur un tas de gravats. C’était celui qui a servi jusqu’en 1969 à contrôler le débit d’eau à l’entrée du canal de dérivation.

Après sa découverte, le mécanisme s’est retrouvé au barrage Choinière, à Roxton Pond, dans les locaux du Centre d’expertise hydrique du ministère de l’Environnement. C’est là qu’il a pu récupérer ce qui en restait, sur la promesse d’en faire profiter le grand public.Il se lança donc dans la réalisation d’une « Oeuvre monumentale commémorative à l’effigie des pionniers de l’histoire des vieux moulins de Saint-Pie », titre officiel du projet.Mais ce qui devait se réaliser en deux ans s’est finalement avéré une aventure de cinq ans pour M. Lebeau, un soudeur de profession qui a fait carrière chez Pratt & Whitney et qui a aussi étudié à l’école des Arts appliqués de Montréal. « Ça m’a demandé 5000 heures de travail. Il y eu des difficultés avec la municipalité de Saint-Pie, qui a dû signer un protocole d’entente avec le gouvernement et s’engager à prendre en charge le site. Ça a été beaucoup plus long que prévu », explique-t-il.Le mécanisme restauré par M. Lebeau est supporté par une structure en acier inoxydable, le tout formant un ensemble de trois tonnes reposant sur un socle en béton armé. L’oeuvre est ornée de huit plaques d’interprétation en aluminium et de deux bas-reliefs faits du même alliage, illustrant le mécanisme original et une toile du peintre Ed Callow. Il avait réalisé un paysage d’Émileville au temps où il existait un centre d’arts au hameau (1962-1969), celui que tenait Homer Dufresne dans les bâtiments du vieux moulin à farine. La vanne qui a été reconstituée est vieille de plus de cent ans. M. Lebeau raconte qu’elle a d’abord servi sur la rivière Watopeka, à Windsor, pour l’alimentation en eau de l’usine Domtar. Selon les renseignements qu’il a obtenus durant ses recherches – il a constitué un volumineux dossier historique pour étoffer son projet -, elle aurait été transportée à Émileville durant la période 1945-1950. Chacune des deux grandes roues actionnait un système à crémaillère faisant monter ou descendre deux pelles en acier, des panneaux laissant passer plus ou moins d’eau à l’entrée du canal, selon leur position. Ces deux roues se trouvaient du même côté au barrage, mais pour des raisons pratiques, l’artiste a dû les disposer l’une face à l’autre sur le monument.« J’ai tout reconstitué avec l’aide de Jean-Paul Charron, du rang de la Presqu’ile, celui qui faisait l’entretien du mécanisme. C’est lui qui a été ma référence dans le projet. M. Charron est décédé l’année dernière, à l’âge de 85 ans. »

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