22 mars 2012
Sortie scolaire dans des lieux de culte
Un père accuse l’école Sacré-Coeur de mépriser la condition féminine
Par: Le Courrier

Le père d’une élève de cinquième année inscrite au programme international de l’école Bois-Joli – Sacré-Coeur a réclamé en vain, cette semaine, l’annulation d’une sortie scolaire dans des lieux de culte, plus précisément celle d’une mosquée où les jeunes filles devront se couvrir la tête d’un foulard.

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Sylvain Ladouceur, dont la lettre ouverte est publiée dans notre page Forum, a qualifié la décision de la direction d’irréfléchie et de choquante. « Ce n’est pas en obtempérant à des pratiques religieuses étrangères que nous faisons preuve d’ouverture d’esprit », a-t-il écrit au sujet de la sortie prévue aujourd’hui même.

Au total, ce sont quatre classes de cinquième année du volet international qui visiteront un temple hindou, un temple bouddhiste et une synagogue. Ces lieux de culte n’exigent pas de tenue particulière. Toutefois, les deux classes du profil langue poursuivront leur expérience avec la visite d’une mosquée, pour laquelle les jeunes filles seront invitées à se couvrir la tête.Ainsi, M. Ladouceur a refusé que sa fille participe à la visite, estimant qu’il est humiliant et sexiste pour une femme de porter le voile. « Les musulmans comme les autres communautés religieuses doivent faire preuve d’ouverture pour leur terre d’accueil en permettant à des enfants de visiter leurs lieux de culte à visage et à tête découverts. »Il cite entre autres le cas d’une école primaire, en France, qui s’est résolue à annuler une sortie dans une mosquée face aux protestations que soulevait l’obligation pour les jeunes participantes de se couvrir la tête. « La direction de l’école Sacré-Coeur semble faire preuve de mépris pour la condition féminine », conclut le père, réclamant l’annulation de la visite.

Pas d’obligation

Du côté de l’école Bois-Joli – Sacré-Coeur, la directrice adjointe Nathalie Hébert affirme que la tenue de l’activité n’a jamais été remise en question, d’autant plus qu’un seul parent a manifesté de telles inquiétudes.

« L’activité a été préparée avec les enseignants. Le port du foulard a été expliqué aux élèves », ajoute Mme Hébert, en précisant que ce geste n’a pas été présenté comme une forme de soumission, mais comme une tradition respectée par les femmes qui se rendent à la mosquée. La visite s’inscrit dans un module traitant de la diversité culturelle. Les élèves sont amenés à réfléchir sur les façons dont l’arrivée des immigrants influence notre culture.« Tous les parents peuvent refuser que leur enfant fasse la visite si ça contrevient à leurs valeurs », a-t-elle ajouté.L’école Bois-Joli – Sacré-Coeur remet entre les mains d’une entreprise montréalaise l’organisation de la visite des lieux de culte. Ivan Drouin, le président de Kaléidoscope, affirme que presque tous les participants se conforment sans trop de réticences aux exigences afin de vivre pleinement l’expérience qui s’offre à eux. «  Par ailleurs, si une élève oublie son foulard ou qu’elle ne veut pas le porter, l’iman n’en fera pas un cas et elle pourra tout de même participer à la visite. Nous demandons aux visiteurs de suivre les rituels et les codes dans un souci de respecter les musulmans qui pourraient s’y trouver pour prier, tout simplement », explique-t-il, rappelant que personne n’entre à Saint-Pierre-de-Rome sans avoir les épaules et les genoux couverts. Les temples hindous, pour leur part, exigent que chacun retire ses chaussures à l’entrée.« L’idée est de garder de bonnes relations. Nous proposons l’expérience d’aller à la rencontre de l’autre dans un lieu de culte, un lieu privé. Personne n’est forcé à entrer si les codes ne lui conviennent pas. Par ailleurs, certains lieux sont plus conciliants que d’autres et, à quelques exceptions près, il est possible de trouver une solution lorsque des inquiétudes surviennent », conclut M. Drouin. -30-

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