28 août 2014
Cruauté animale
Un peu de perspective
Par: Martin Bourassa

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Les histoires d’animaux maltraités ont le don de déchaîner les passions. Encore davantage quand elles sont appuyées par des images-chocs. Les organismes qui militent pour le bien-être et la protection animale l’ont compris depuis longtemps et s’en servent allègrement.

C’est de bonne guerre la plupart du temps, même si les nuances et les mises en perspective sont rarement au rendez-vous. On l’a vu au printemps lorsque les médias ont posé leurs projecteurs sur une ferme d’élevage de veaux de Pont-Rouge aux pratiques répugnantes. Celles-ci ont été dénoncées par tout le monde, y compris par l’exploitant, qui avait loué ses installations, et par l’intégrateur.

Même si des groupes ont bien tenté de se servir de ce cas pour secouer et réformer l’industrie du veau au Québec, les observateurs y ont vu avant tout un cas isolé.

C’est maintenant au tour d’un éleveur de visons et de renards de Saint-Jude de défrayer les manchettes après une dénonciation de la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA). Images à l’appui, on a parlé de lieux insalubres, de cruauté animale et d’animaux malades laissés dans un état lamentable.

Comme de raison, la machine s’est emballée. Une pétition a été lancée pour réclamer la fermeture de l’élevage et le transfert des animaux. Un amoureux (?) des bêtes a même libéré 3115 visons dans la nature, sans se soucier des conséquences.

Et pas une, mais bien trois manifestations ont été organisées à Saint-Jude et à Montréal. Geoges Laraque a même ajouté son grain de sel.

Selon ce que l’on sait maintenant, les agents de la protection de la faune se sont rendus à l’élevage de Saint-Jude à au moins 15 reprises entre le 16 juillet et le 22 août. On parle d’une visite aux deux jours! C’est bête à dire, mais ces animaux sauvages ont sans doute reçu plus d’attention que bien des enfants ou des personnes âgées maltraités. Pas certain que la DPJ ou que les inspecteurs du ministère de la Santé soient aussi présents et actifs auprès des familles et dans les CHSLD, après des dénonciations visant des enfants ou des aînés en difficultés.

Selon ce que l’on sait maintenant, les agents de la protection de la faune se sont rendus à l’élevage de Saint-Jude à au moins 15 reprises entre le 16 juillet et le 22 août. On parle d’une visite aux deux jours! C’est bête à dire, mais ces animaux sauvages ont sans doute reçu plus d’attention que bien des enfants ou des personnes âgées maltraités. Pas certain que la DPJ ou que les inspecteurs du ministère de la Santé soient aussi présents et actifs auprès des familles et dans les CHSLD, après des dénonciations visant des enfants ou des aînés en difficultés.

Mais bon, c’est un tout autre débat. Revenons plutôt à notre éleveur de renards et de visons. Même s’il refuse de rencontrer les médias, et il en a le droit absolu, il collabore étroitement avec les agents du Ministère après avoir reçu cinq constats d’infraction.

Tiens cinq, c’est justement le nombre d’avis de non-conformité reçu par la raffinerie Veolia de Saint-Hyacinthe depuis le démarrage de ses activités il y a moins d’un an pour avoir émis des contaminants dans l’environnement. Mais personne ne parle de la fermer, de lancer une pétition ou d’organiser une manifestation devant Veolia.

Mais où donc est Georges Laraque quand on a besoin de lui?

Dans l’espoir de calmer les esprits à Saint-Jude, le ministre Laurent Lessard a fait savoir que parmi les quelque 12 794 visons de l’élevage, les vétérinaires en avaient trouvé moins de 10 qui étaient malades. À peine dix sur 12 794, cela tient davantage de l’exploit que de la négligence selon certains, même si un seul cas est un cas de trop pour la SPCA. Et des 68 renards, quatre seulement ont dû être placés en isolement.

Si la question de la salubrité des installations demeure, bien que nous ne soyons pas bien au fait des façons de faire en pareille matière, il semble pour le moins alarmiste, à la lumière du bilan de la Faune, de réclamer à pleins poumons la fermeture de cet élevage. Pour les déménager où et les offrir à qui? À notre avis, et compte tenu de la bonne collaboration présumée de l’éleveur, la meilleure solution consistait dans une intervention rapide, efficace et directe sur place. Restera à faire le suivi.

Cela dit, ce que les cas de Pont-Rouge et de Saint-Jude mettent en lumière, c’est la nécessité de baliser un secteur qui fonctionne sans trop de normes, ni standards.

À cet effet, nous voyons d’un bon oeil l’adoption prochaine d’une loi sur le bien-être animal qui inclurait aussi quelques passages sur les animaux sauvages.

C’est l’approche retenue par Québec et la SPCA aurait tout intérêt à collaborer avec le Ministère concerné au lieu de lui adresser des mises en demeure farfelues.

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