18 octobre 2018
Trottoirs à Saint-Hyacinthe
Un plan réducteur
Par: Martin Bourassa

S’il a fallu une bonne quinzaine d’années pour que la Ville de Saint-Hyacinthe accouche d’un plan directeur des trottoirs et qu’elle le fasse adopter par une majorité d’élus, il aura suffi moins d’un mois pour que ce plan soit tourné en ridicule. Bravo aux élus, l’image de marque des Maskoutains vous remercie.

La Ville de Saint-Hyacinthe a manqué une bonne raison de ne rien faire avec ses trottoirs. Continuer de les gérer à la va-comme-je-te-pousse selon les priorités, les besoins et surtout le gros bon sens aurait été politiquement plus défendable que son plan directeur. Ce dernier pourrait faire disparaître 66 kilomètres de trottoirs aux quatre coins de la ville dès qu’ils auront atteint leur durée de vie utile. Quelle est la durée utile d’un trottoir? Elle est variable, mais elle semble beaucoup plus élevée que celle du fameux plan qui est décrié par plus de résidants qu’il y en a pour s’indigner du fait de ne pas avoir de trottoir devant chez eux et de payer pour ceux des autres. Difficile de se plaindre de quelque chose qu’on n’a jamais pu apprécier. Mais quand on nous l’enlève après des années sans trop de justification, c’est là que ça coince.

Ce plan stratégique serait animé d’un grand désir d’équité, nous dit-on, puisque l’administration municipale est préoccupée par le fait que certains quartiers ont des trottoirs que d’autres n’ont pas, alors que la construction, l’entretien et le remplacement de trottoirs sont à la charge de tous les contribuables. Et comme les fusions municipales ont fait naître beaucoup d’inéquité en matière de trottoirs, la Ville a décidé de tirer tout le monde vers le bas, comme l’a si judicieusement mentionné le conseiller Bernard Barré, l’un des deux seuls ayant voté contre ce plan. D’autres ont voté en faveur puisqu’ils sont convaincus que l’on pourra le modifier au gré des fantaisies ou de la grogne populaire, telle une bonne vieille recette de crêpes. Mais à quoi bon voter en faveur d’un plan si on sait d’avance qu’on ne le respectera pas?

Expérimenté comme pas un, Bernard Barré savait fort bien que tout ce qui touche aux trottoirs et au déneigement a un petit côté radioactif, voire explosif. La manchette du COURRIER a fait du chemin et s’est même rendue jusqu’au bulletin de nouvelles de la radio de Radio-Canada et ses réseaux sociaux, où elle a généré les moqueries méritées de bien des internautes. Par souci d’équité, encore heureux que la Ville de Saint-Hyacinthe ait décidé de s’attaquer aux trottoirs et non au réseau d’aqueduc et d’égout. Comme tous les Maskoutains n’ont pas accès au réseau public d’infrastructures, qui sait s’il n’aurait pas pu apparaître équitable aux yeux de certains élus d’enlever des kilomètres de tuyaux. Difficile de ne pas voir dans ce plan directeur et réducteur des trottoirs autre chose qu’une façon de sauver de l’argent.

Parmi les grands principes qui ont guidé sa rédaction, on a fait valoir bien des choses, sans glisser une seule ligne sur leur utilité ou la sécurité des piétons. Oups…

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