5 mars 2015
Un printemps froid
Par: Christian Vanasse
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Depuis l’automne dernier les mouvements syndicaux, communautaires et étudiants prédisent un printemps chaud, en ­référence à l’historique printemps 2012 qui avait vu les gens déferler dans la rue à la manière de rivières en crue faisant sauter des embâcles.

En cette fin d’hiver, bien des commentateurs claironnent maintenant qu’il n’en sera rien. Ils appuient leurs prévisions sur quelques manifestations tenues par des températures sibériennes et par le sentiment que le mouvement de protestation est loin d’être populaire, que le 22 mars le thermomètre n’indiquera pas 22 degrés sous le soleil, Richard Martineau du haut de son perchoir n’entrevoit aucun nouveau GND capable de charmer les foules, en plus le Canadien fera les séries cette année et veillera très tard dans le détail, bref les chandails bleu-blanc-rouge seront plus nombreux que les carrés rouges et donc, vous ne verrez pas de Printemps Érable 2.0.

Je dois leur donner raison. On ne pourra pas reproduire ce moment unique.

Et c’est tant mieux. On ne construit pas le futur en s’accrochant au passé.

Faire des suites de ce qui a déjà été un hit, laissons ça à Vincent Guzzo. Nous en bas, créons du nouveau. De l’inédit. Du jamais vu.

En haut, ils fixent les ornières de 2012 en se disant que nous y repasserons. Eh bien, non. Ce fameux et fascinant printemps n’était qu’une étape sur une route bien plus longue. Devant les gouvernements dont la durée de vie ne tient qu’à une ­élection, c’est le peuple qui a le souffle le plus long… et il transcende les saisons.

« Nous avançons, nous avançons, le front comme un delta…

« Good-bye farewell! »

nous reviendrons, nous aurons à dos le passé et à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes, nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir »

– Gaston Miron

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