18 juillet 2019
Énergie renouvelable
Un projet révolutionnaire de 6 M$ à Chouette à voir!
Par: Benoît Lapierre

Suzie Plourde, chargée de projet, tenant l’image représentant le futur Centre d’interprétation des oiseaux de proie de Chouette à voir! Photo François Larivière | Le Courrier ©

Chouette à voir!, le refuge pour oiseaux de proie de Saint-Jude ouvert au grand public, se lance dans la haute voltige architecturale. Son équipe est engagée dans la conception d’un grand édifice qui sera totalement autonome au plan énergétique, une première au pays.

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Construit au coût approximatif de 6 M$, le futur Centre d’interprétation de ce sanctuaire de 22 hectares sur lequel veille l’Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie (UQROP) répondra à la norme environnementale « nette zéro ». Avec ses panneaux solaires et ses puits géothermiques, le bâtiment génèrera lui-même suffisamment d’électricité pour répondre aux besoins énergétiques de ses utilisateurs, et cela durant toute l’année.

Lorsque le bâtiment se trouvera en surplus de production, l’électricité excédentaire sera écoulée dans le réseau d’Hydro-Québec, tandis que le courant fera le chemin inverse en période de déficit. À la fin de l’année, le bilan énergétique du Centre sera de zéro en approvisionnement extérieur en électricité, explique Suzie Plourde, la chargée de projet de l’UQROP dans cette aventure pour le moins électrisante. Pour elle, tout a commencé à l’automne 2015 et s’est poursuivi avec l’entrée en scène de l’Université Concordia et de CanmetÉNERGIE (Ressources naturelles Canada), partenaires de l’UQROP dans ce projet.

« Un édifice comme celui-là, ça n’existe pas encore au Canada, et d’avoir ça sur notre territoire, c’est quelque chose! C’est un très beau projet qui sera structurant dans une région où il y a peu d’attractions touristiques. Des gens viendront de loin pour voir ce bâtiment, et nous allons en parler aussi dans nos animations. Réaliser une telle bâtisse, c’est tout à fait en accord avec les valeurs de l’organisme », confie cette biologiste qui se passionne pour le projet dont elle assure la supervision.

Actuellement, souligne-t-elle, Chouette à voir! accueille quelque 10 000 visiteurs par année sur son site du rang Salvail Sud, cela sans même bénéficier d’une alimentation en électricité. Sa seule source de courant est un fil branché chez un voisin qui aboutit au petit bâtiment où les oiseaux blessés reçoivent des soins vétérinaires. Sur ce plan, la situation va s’améliorer radicalement après l’ouverture du nouveau Centre d’interprétation, vers la fin de 2021, si tout va bien.

« Nous y allons étape par étape, et celle des plans et devis préliminaires et des estimations préliminaires est maintenant complétée », poursuit Suzie Plourde.

L’équipe

L’une de ses premières actions a été de visiter des bâtiments publics hautement performants sur le plan environnemental, comme la nouvelle bibliothèque municipale de Varennes, un projet dont l’UQROP s’est grandement inspirée. Il lui a aussi fallu constituer l’équipe des professionnels chargés d’élaborer le projet et de le mener à terme.

Le volet architectural a été confié à Mouli Mamfredis, du cabinet Studio MMA, de Montréal, une architecte accréditée LEED qui se spécialise dans les projets verts et qui est souvent consultée en tant qu’experte en développement durable. « Elle a gagné plusieurs prix pour la réalisation d’édifices haute performance », souligne Mme Plourde. Pour les volets mécanique, efficacité énergétique et électricité, son choix s’est porté sur l’ingénieur Roland Charneux, du bureau Pageau Morel, de Montréal, lequel devra notamment déterminer quels matériaux constitueront la meilleure enveloppe pour un tel bâtiment. Pour la structure, c’est l’ingénieur Claude Tollett, du bureau montréalais CWT Consultant, qui s’est joint à l’équipe, tandis que Charles-Henri Brunet, architecte accrédité LEED et fondateur d’Espace Construction, de Dorval, agira comme gestionnaire de la construction. « Sur l’équipe, tout le monde est heureux de ce projet. Pour eux, c’est comme un bonbon », sourit la biologiste.

Évidemment, le montage financier constitue l’autre grand défi des concepteurs du projet. Jusqu’ici, l’UQROP a pu amasser environ 560 700 $ grâce à diverses contributions, notamment celles des municipalités. Le Village de Saint-Jude a versé 30 000 $, tout comme la Ville de Saint-Hyacinthe. La MRC des Maskoutains a injecté 100 000 $ par le biais du Fonds de développement rural, ce à quoi s’ajoutent 172 000 $ provenant du Fonds d’appui au rayonnement des régions, de même que 175 000 $ de la Fédération canadienne des municipalités, tandis que Saint-Barnabé-Sud, Saint-Bernard-de-Michaudville, Saint-Hugues et Saint-Liboire ont consacré au projet 1 $ par habitant, soit en tout 3533 $. D’autre part, l’organisme a obtenu 75 000 $ de Power Corporation et 30 000 $ des Caisses Desjardins. Mais la plus grande partie du financement devra provenir de subventions gouvernementales, de même que de fondations privées.

Petite histoire

Fondée en 1987 par Guy Fitzgerald, de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, l’UQROP a fait l’acquisition de son site de Saint-Jude en 1994, puis ce fut l’ouverture de Chouette à voir! en 1996. On y accède par le pont Bailey qui a été installé par les Forces armées canadiennes dans les tout débuts et qui enjambe la rivière Salvail. Ce pont d’une capacité portante de 30 tonnes permettra le passage de tous les matériaux et de la machinerie durant la construction du Centre d’interprétation.

L’UQROP est liée à la Faculté de médecine vétérinaire par une entente de service pour les soins prodigués aux oiseaux de proie qui lui sont confiés, dont la moitié par les agents de protection de la faune. Ces oiseaux qui proviennent de partout au Québec – il en arrive environ 450 chaque année à Chouette à voir! – sont gardés dans le complexe de réhabilitation jusqu’à leur remise en liberté, où dans les 11 volières qui bordent les 2,5 km de sentiers du centre dans le cas de ceux qui ne peuvent être relâchés dans la nature. Il s’agit des oiseaux qui sont présentés au public.

Le Québec abrite 27 espèces de ces prédateurs ailés qui se trouvent au sommet de la pyramide alimentaire. Ils sont des indicateurs de l’état de santé de l’environnement et deviennent des sentinelles à l’égard des maladies pouvant affecter les humains. « Ce sont eux qui ont sonné l’alarme pour les DDT et le virus du Nil occidental, par exemple », souligne Suzie Plourde.

Outre ses activités à Saint-Jude même, où il accueille entre autres beaucoup d’écoliers, l’organisme donne quelque 350 animations par année à l’extérieur, notamment dans les écoles. Reconnue comme organisme sans but lucratif et œuvre de bienfaisance, l’UQROP compte sur le travail bénévole pour l’exécution de certaines tâches sur le site, dont l’alimentation quotidienne des oiseaux. Chaque année, ce sont 5000 heures de bénévolat qui y sont effectuées. L’été, trois animatrices y travaillent à temps plein, secondées par deux étudiants.

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