9 octobre 2014
Directeur général du CLD et de la Cité
Un salaire de base de 150 000 $ sans compter tout le reste
Par: Martin Bourassa
Le dernier contrat de travail d’une durée indéterminée entre le CLD Les Maskoutains, la Cité de la biotechnologie et le directeur général des deux organismes, Mario De Tilly, n’a été signé que par ce dernier et le maire de Saint-Hyacinthe Claude Bernier, en tant que président du CLD, le 11 octobre 2006. Photothèque | Le Courrier ©

Le dernier contrat de travail d’une durée indéterminée entre le CLD Les Maskoutains, la Cité de la biotechnologie et le directeur général des deux organismes, Mario De Tilly, n’a été signé que par ce dernier et le maire de Saint-Hyacinthe Claude Bernier, en tant que président du CLD, le 11 octobre 2006. Photothèque | Le Courrier ©

Il aura fallu attendre pas moins de 20 mois et une audition en bonne et due forme devant la Commission d’accès à l’information du Québec avant de pouvoir obtenir le contrat de travail de Mario De Tilly, l’ex-directeur général du CLD Les Maskoutains et de la Cité de la biotechnologie de Saint-Hyacinthe.

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Mais une fois devant la commissaire Diane Poitras l’attente aura été de très courte durée puisque l’avocat du CLD a remis sur le champ au COURRIER un exemplaire de non pas un, mais deux contrats de travail de M. De Tilly.

Le premier contrat remontait à mars 1992 lors de son embauche à la tête de la Corporation de développement économique et industriel de la région de Saint-Hyacinthe; l’autre à octobre 2006 lors de sa nomination comme directeur général du CLD et de la Cité, les deux employeurs identifiés au contrat. Fait à signaler, seul le président du CLD à cette époque, le maire de Saint-Hyacinthe Claude Bernier, à titre d’employeur, a signé ce dernier contrat de travail conjoint avec M. De Tilly.

« M. de Tilly n’a pas d’objection à produire ces documents », a dit Me Antoine Aylwin.

On constate à la lecture des deux documents et de l’analyse de diverses pièces obtenues par LE COURRIER auprès du CLD l’an dernier qu’il n’y a pas que la région maskoutaine qui ait prospéré au cours des 20 dernières années.

Mario De Tilly a vu son propre salaire de base passer de 60 000 $ en 1992 à 150 000 $ en l’espace de 21 ans. Si on tient compte des avantages sociaux, sa rémunération a même atteint les 180 000 $ en 2013 puisqu’il touchait aussi annuellement un montant équivalent à 20 % de son salaire en guise de bénéfices marginaux.

Parmi les autres aspects touchant à sa rémunération, son contrat prévoyait le remboursement de tous ses frais de représentation ou de déplacement à raison de 0,40 $ le kilomètre à l’extérieur de la MRC. L’employeur assumait également le paiement de la totalité de la prime d’assurance collective.

Au niveau du remboursement des frais de représentation de M. De Tilly, celui-ci pouvait également utiliser la carte de crédit corporative du CLD pour défrayer diverses dépenses liées à son travail, à son démarchage et à la prospection internationale.

Sans tenir compte d’une vingtaine de transactions caviardées sur les relevés de la carte de crédit corporative octroyée à M. de Tilly par le CLD, nous avons été en mesure de lui attribuer pour plus de 26 344 $ de dépenses au cours de l’année 2011.

Pour l’ensemble de l’année 2012, les dépenses portées à sa carte totalisaient la somme de 16 500 $, abstraction faite de 14 transactions caviardées.

En entrevue au COURRIER au printemps 2013, M. De Tilly avait refusé de dire s’il bénéficiait en plus d’une carte de crédit au nom de la Cité, un organisme privé.

Des zones grises

Devant la commission d’accès à l’information, l’avocat du COURRIER a questionné la représentante du CLD, Nathalie Laberge, sur des pièces manquantes dans les documents remis au COURRIER, à savoir les comptes de dépenses de M. De Tilly couvrant les années 2008 à avril 2010.

Mme Laberge a expliqué qu’il n’y avait aucun document manquant puisque pendant ces années de référence M. De Tilly occupait les postes de DG du CLD et de la CIté, tout en étant rémunéré exclusivement par ce dernier organisme, malgré ce que suggère son dernier contrat de travail d’une durée indéterminée. « Il était payé par la Cité et facturait des dépenses au CLD », a précisé Mme Laberge.

Cette pratique semble avoir cessé au printemps 2010, si bien qu’en 2013, le salaire de base du DG du CLD et de la Cité était assumé à parts égales par les deux organisations. Difficile de comprendre cependant comment le salaire de base du DG a pu passer de 120 000 $ à 150 000 $ de 2006 à 2013. Le contrat de travail de M. De Tilly prévoyait un réajustement annuel calculé en fonction du plus élevé des montants suivants, à savoir 2 % d’augmentation sur le salaire, une augmentation équivalente à l’indice des prix à la consommation appliqué au salaire ou après entente avec les conseils d’administration du CLD et de la Cité. Nous n’avons retrouvé aucune résolution concernant la rémunération ou l’ajustement salarial de M. De Tilly dans les procès-verbaux du CLD couvrant les années 2011 et 2012.

Interrogé sur la question du salaire de M. De Tilly par LE COURRIER au printemps 2013, l’ex-trésorier du CLD et administrateur de la Cité de la biotechnologie, le conseiller municipal de Saint-Hyacinthe Alain Leclerc, disait tout ignorer du salaire de M. De Tilly et de la façon dont il était négocié.

« Mario De Tilly fixe le salaire de tout le monde. Et qui fixe son salaire à lui, ça, c’est une bonne question. Je n’ai jamais vu son contrat », témoignait M. Leclerc.

Mario De Tilly a démissionné de son poste de DG du CLD et de la Cité de la biotechnologie en mars 2014, afin d’accepter le poste de PDG de l’organisme Développement Économique Longueuil. Son contrat de travail du CLD et de la Cité prévoyait qu’en cas de mise à pied, de congédiement ou de licenciement, il aurait pu avoir droit à une prime de séparation maximale de 18 mois de salaire.

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