6 décembre 2018
Un témoignage laborieux de Francis Yergeau
Par: Olivier Dénommée
Au fil de son témoignage, Francis Yergeau a utilisé à plusieurs reprises un langage imagé et un humour pince-sans-rire, une attitude qu’il avait déjà lors de son interrogatoire mené par Daniel Fortin (gauche) en 2016. Photothèque | Le Courrier ©

Au fil de son témoignage, Francis Yergeau a utilisé à plusieurs reprises un langage imagé et un humour pince-sans-rire, une attitude qu’il avait déjà lors de son interrogatoire mené par Daniel Fortin (gauche) en 2016. Photothèque | Le Courrier ©

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La vidéo, d’une durée d’environ 11 heures, a permis à l’enquêteur Daniel Fortin de soutirer des aveux de Yergeau, qui a affirmé qu’il était une marionnette de son complice allégué et qu’il ne voulait maintenant « plus rien savoir de lui » avant de décrire dans le détail les événements entourant les deux meurtres.

L’accusé a précisé qu’il rêvait depuis des mois d’un jour être propriétaire du Flamingo et que faire disparaître un de ses propriétaires était nécessaire pour y arriver. Son complice l’a convaincu qu’il fallait aussi éliminer Nancy Beaulieu, « qui en savait trop » puisqu’elle fréquentait M. Bélair. Toujours dans la vidéo, l’accusé affirme être celui qui a fait feu sur Martin Bélair à la cimenterie Groupe MBM à Acton Vale, mais que c’est son complice qui a tiré sur Mme Beaulieu, quelques heures plus tard après avoir été la chercher à son domicile à Granby. Les deux victimes ont été tuées à coups de fusil de calibre 12. Le prétexte de leur présence sur les lieux était une importante transaction de stupéfiants à laquelle devait participer le propriétaire du bar.

« Ça a chié »

Les deux cadavres ont été enroulés dans un drap et attachés avec de la corde, des articles achetés le jour même à Saint-Hyacinthe, et les complices les ont laissés sous une couche de neige dans la boîte du camion du M. Bélair à Mascouche, où ils ont été découverts trois jours plus tard. Le plan était de faire croire à l’autre propriétaire du Flamingo, Simon Desrochers, que Martin Bélair s’était enfui avec une importante quantité de cocaïne pour obtenir sa part de l’entreprise en compensation, mais cela n’a pas du tout fonctionné. « Le plan a chié », a résumé Francis Yergeau pendant son interrogatoire. Les deux complices ont abandonné le projet d’acquérir le bar après avoir été sommés de ne plus y mettre les pieds.

Versions contradictoires

De retour au palais de justice de Saint-Hyacinthe lundi, le procès a vu défiler deux témoins en défense, dont le plus important est Francis Yergeau lui-même. Celui qui s’est tenu très tranquille durant toute la durée du procès a beaucoup parlé pendant son témoignage, remontant jusqu’à son enfance pour expliquer son manque d’estime de soi. Il voyait son complice, qu’il a rencontré pour la première fois en 2011, comme une figure d’autorité et s’est décrit comme « le majordome du diable », lui servant de faire-valoir lors de leurs nombreuses sorties au Flamingo de 2013 à 2015.

Son témoignage lui a permis de diverger de sa version racontée à l’agent Fortin en 2016, affirmant que la journée du 6 janvier 2015 était « banale » jusqu’à ce que son complice lui demande « d’aller ouvrir la shop » (la cimenterie) en fin d’après-midi, pour que Martin Bélair vienne y conclure une transaction. Selon cette nouvelle version, lorsqu’il a quitté la cimenterie pour aller chercher Nancy Beaulieu, M. Bélair était toujours en vie et il a seulement déposé Mme Beaulieu à la cimenterie avant de quitter les lieux pour rendre un autre service à son complice allégué. C’est à son retour qu’il a constaté que les deux avaient été tués. Yergeau n’a pas cru bon de poser des questions à son complice qui est revenu par la suite sur les lieux, mais a pris l’initiative d’enrober les corps pour s’en débarrasser. Toujours selon sa nouvelle version, jamais la question de ce qui s’est exactement passé ce soir-là n’est revenue sur la table.

Sans surprise, le contre-interrogatoire mené par Me Sandra Bilodeau a insisté sur les nombreuses omissions et contradictions entre le témoignage de l’accusé et la preuve déjà présentée. Yergeau a aussi dû justifier pourquoi il a pu inventer les événements de façon aussi précise lorsqu’il a été interrogé par la police.

Le contre-interrogatoire s’est achevé mardi en milieu d’après-midi et les jurés ont été libérés jusqu’à lundi prochain, date où seront entendues les plaidoiries. Par la suite, le juge Daniel Royer donnera les directives au jury avant de le séquestrer jusqu’à ce qu’une décision soit rendue. S’il est reconnu coupable, Francis Yergeau, 39 ans, risque la prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans.

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