9 novembre 2017
Un vote accessible?
Par: Le Courrier

Les élections, c’est une période où les gens s’informent, se posent des questions et les partagent avec leur entourage. Ils se positionnent (ou sont au final, simplement indécis), mais une réflexion citoyenne a généralement lieu. Bien sûr, certains se sentent plus interpellés que d’autres.

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Depuis maintenant neuf ans, je travaille comme formatrice dans un organisme communautaire d’alphabétisation populaire avec une clientèle vulnérable. Lorsqu’une période d’élections approche, je saute sur l’occasion pour sensibiliser nos gens à s’informer et à devenir plus attentifs à ce qui se passe autour d’eux. Je dois avouer que, pour moi-même, la politique ne m’a pas toujours interpellée. Je trouvais cela parfois compliqué à comprendre, les enjeux me semblaient loin de ma réalité, et les échanges, difficiles à suivre. Depuis quelques années, je vois plus concrètement les impacts que peuvent avoir nos choix. En temps d’élections, je favorise donc les discussions sur ce sujet dans mes groupes et nous participons même à un « vote simulé ». À la suite d’une petite recherche dans les médias, je présente les grandes lignes de chaque candidat et invite les apprenants à se rendre dans l’isoloir et à déposer un vote dans notre urne. Amener ces gens à exercer leur droit de citoyen, c’est un défi en soi. Plusieurs mentionnent « qu’ils ne savent pas ce que ça va changer s’ils vont voter », « que ça sert à rien, le résultat va être le même », etc. Vous comprenez mon désarroi lorsque j’entends ces remarques… Comme si la démocratie n’avait aucun impact en 2017.
Bref, je reviens au travailau lendemain des élections, et j’entends… que plusieurs n’y sont pas allés. Zut. Bien dommage, me dis-je. Le taux de participation de la population maskoutaine étant de moins de 37 %. Pourquoi les gens ne se sentent-ils pas concernés? Quelques-uns m’ont dit qu’avec leurs difficultés de lecture, ils avaient de la misère à choisir le bon nom, seuls derrière l’isoloir… Et c’est parfois ce qui les rebute le plus. Je me rappelle, qu’il y a de cela quelques années, les bulletins de vote présentaient une photo de chacun des candidats. Pourquoi cela a-t-il été changé? C’est pourtant un point de repère essentiel pour les analphabètes et même pour ceux qui sont simplement plus visuels (rappelons-nous qu’au Québec, 20 % de la population a de très grandes difficultés à ce niveau).
Une apprenante d’APAJ a déjà croisé un conseiller municipal et l’a questionné sur la possibilité de reconduire cette idée. On lui a répondu que le temps et l’argent n’étaient pas disponibles pour ça… Permettez-moi de me questionner sur la qualité de cette réponse. Si c’est trop dispendieux, est-ce que les photos des candidats pourraient simplement être affichées à l’entrée des bureaux de vote, plutôt qu’à l’intérieur de chaque isoloir? Je peux vous garantir que nos participants seraient peut-être plus confiants d’exercer leur droit de vote avec ces photos. En espérant que le conseil municipal en discute.

Myriam Dubé, formatrice en alphabétisation à l’APAJ

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