21 décembre 2017
Exposition Nous sommes tous des brigands de Karen Tam
Une Chine made in Québec
Par: Olivier Dénommée
En 2015, Karen Tam a bien résumé à La Presse sa démarche, un « regard sur l’orientalisme et l’exotisme tel que rendu par la culture occidentale ». Elle pose ici devant From Yiwu to you, murale faite en papier cyanotype sensible à la lumière. Photo François Larivière | Le Courrier ©

En 2015, Karen Tam a bien résumé à La Presse sa démarche, un « regard sur l’orientalisme et l’exotisme tel que rendu par la culture occidentale ». Elle pose ici devant From Yiwu to you, murale faite en papier cyanotype sensible à la lumière. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Karen Tam adore jouer avec les perceptions. Artiste d’origine chinoise, elle est née à Montréal et a passé la majeure partie de sa vie au Québec. Sa nouvelle exposition en quatre volets, Nous sommes tous des brigands, présente plusieurs clichés de la Chine… ou plutôt, des clichés de la perception que se fait l’Occident de la Chine.

L’exposition regorge d’ambiguïtés et d’anachronismes qui ne demandent qu’à être relevés : les créations de Karen Tam (généralement copiées sur d’autres œuvres, mais avec un matériau bon marché) se mêlent à d’authentiques « chinoiseries » prêtées par le Musée de la civilisation ou par des Maskoutains et à d’autres objets achetés dans un magasin bas de gamme.
« Je joue avec l’idée du faux en utilisant des matériaux qu’on peut se procurer au Dollarama : du papier mâché, du papier cyanotype, du savon… », explique la Montréalaise, qui aime voir son exposition comme une chasse au trésor où il faut faire la différence entre les objets de valeur et ceux trouvés chez Winners (il y en a!). Tout se mélange et l’œil non averti n’y verra que du feu, assure-t-elle. L’imitation va jusqu’à la musique de fond, interprétée au piano par l’artiste elle-même.
Amoureuse d’histoire, Karen Tam s’est beaucoup intéressée à l’histoire de la Chine, et particulièrement à celle liant les Chinois à l’Occident. Son père fait d’ailleurs partie de ceux qui ont immigré au Québec l’année de l’Expo 67.
Le Brigand
Marcel Blouin, directeur général et artistique d’Expression, est aussi le commissaire de l’exposition de Karen Tam. Selon lui, le titre Nous sommes tous des brigands veut dire beaucoup de choses. Premièrement, le fait qu’il existe une « culture du vol » (ou de l’emprunt) dans toute société contemporaine et que toute culture est un métissage d’influences. Il en va de même pour les artistes qui s’inspirent nécessairement de quelque chose pour créer. Deuxièmement, le Père Lavoie, qui a passé quatre ans en Chine pour convertir des Chinois au christianisme, a lancé le journal Le Brigand, une revue missionnaire adressée aux jésuites qui existe encore aujourd’hui.
L’exposition prend des airs très ludiques, mais cache beaucoup de références à l’histoire des Sino-Canadiens, qui ne l’ont pas toujours eu facile. Même à Saint-Hyacinthe, la première buanderie chinoise, qui a ouvert ses portes en 1890, a reçu un accueil pour le moins agressif de certains citoyens, forçant son propriétaire à fuir la ville après seulement quelques mois d’activités.
Sens du détail
Une multitude de pièces de différentes importances composent l’exposition, mais deux œuvres en particulier méritent attention : un Village de pagodes, contenant des « bâtiments » faits en divers matériaux dont un fait entièrement en colle chaude, et From Yiwu to you, une œuvre réalisée sur papier cyanotype imitant l’effet de la céramique et présentant des références à la route de la soie. Malgré le côté « bon marché » des matériaux utilisés, cette œuvre a pris une année pour compléter un seul mur. Un atelier de création est également offert pour les visiteurs afin d’eux-mêmes être en mesure d’imiter les techniques pour créer leurs propres chinoiseries.
Pour résumer, Nous sommes tous des brigands nous balance à la figure tous les clichés que l’on se fait de la Chine depuis nos premières interactions avec elle. Et Karen Tam, elle-même occidentale, s’amuse avec ces clichés sans jamais prétendre détenir la vérité absolue. Son exposition est à Expression jusqu’au 4 février (les locaux sont fermés du 24 décembre au 6 janvier inclusivement) et se déplacera ensuite au Musée régional de Rimouski, au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, puis à Plein sud à Longueuil.

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