25 mars 2021
Une citoyenne s’oppose à la démolition
Par: Le Courrier

Bonjour Me Leroux, par la présente, je vous informe de mon opposition aux démolitions des cinq immeubles de la rue Saint-François. Ces immeubles sont salubres, propres à l’habitation et comptabilisent une vingtaine de logements abordables accessibles à la communauté maskoutaine, alors que nous sommes en pleine crise du logement (0,3 % de taux d’inoccupation, l’un des pires au Québec).

Publicité
Activer le son

Les citoyen(ne)s n’ont jamais été consulté(e)s sur le projet d’appartements de luxe pour personnes âgées qui doit être construit en lieu et place des immeubles menacés de démolition (le projet immobilier de Groupe Sélection). En 2017, plus de 2200 citoyen(ne)s ont demandé par pétition et requête aux affaires municipales qu’une étude d’impact sur la santé et l’environnement soit réalisée pour ces projets de densification au centre-ville, dans la zone riveraine. Or, elle n’a pas encore été faite. Nous n’avons donc aucune confirmation ou garantie que les démolitions et les projets de construction n’auront pas d’impact sur notre santé et sur l’environnement.

Les citoyen(ne)s habitant le secteur ont fait de multiples demandes au conseil de Ville, par requêtes et par questions en séances publiques, afin d’avoir voix au chapitre par voie de référendum municipal. La Ville a fait le choix de passer par des modifications au Plan d’urbanisme en 2018, ce qui lui permettait d’occulter le processus référendaire. N’empêche, cela aurait été dans ses pouvoirs de le soumettre à un procédé référendaire. D’ailleurs, le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation avait reçu une plainte citoyenne qui avait été retenue, car la Ville n’a pas procédé dans les règles de l’art pour ce qui a tenu lieu de consultation populaire en décembre 2018, donnant lieu aux modifications du Plan d’urbanisme. Les démolitions des immeubles de la rue Saint-François s’inscrivent dans la suite de ce déficit démocratique, en plus d’accentuer la grave crise du logement qui sévit à Saint-Hyacinthe.

D’une façon générale, les citoyen(ne)s du centre-ville et des rues avoisinantes de la rue Saint-François n’en veulent pas, de ce projet densifié d’une hauteur de huit étages. Les immeubles actuels sont à échelle humaine et sont en harmonie avec les autres immeubles du quartier. Ces immeubles témoignent de notre passé, de notre histoire collective, la plupart ayant été construits après les grands feux et les inondations en 1903. Sans avoir de valeur patrimoniale officielle, ils forment toutefois l’empreinte visible de notre passé industriel et ouvrier. Les démolir afin de favoriser l’érection de tours d’appartements de luxe, en plus d’embourgeoiser le quartier en en chassant ses résident(e)s actuel(le)s, revient à renier les origines du cœur de notre ville.

D’ailleurs, plusieurs personnes âgées qui habitaient la rue Saint-François ont été évincées après y avoir passé 25, 55, et 75 ans. Certaines y habitaient depuis leur tendre enfance. Cela a été un véritable déchirement pour elles de se voir chassées de leur maison et de leur quartier.

Ces démolitions vont définitivement paver la voie à une densification de huit étages, juste à côté de la rivière Yamaska, si fragile… Il y aura la coupe des six tilleuls matures à l’arrière des immeubles, et d’autres arbres matures aux abords de la rivière aussi. Nous connaissons l’importance capitale des arbres matures pour procurer de la fraîcheur en période de canicule, à plus forte raison en cette ère de réchauffement climatique.

Je suis également très préoccupée par le fait que nous aurons, à la suite des démolitions, beaucoup de circulation automobile sur les petites rues avoisinantes, augmentant les gaz à effet de serre, concourant à empirer cet état de fait.

Le centre-ville est le quartier avec le plus haut taux d’îlots de chaleur de la ville de Saint-Hyacinthe. L’été dernier, deux personnes âgées sont décédées sur la rue Saint-François justement, à côté du Marché public… Il y a matière à préoccupations importantes pour la santé des résident(e)s du district, comme de l’environnement.

Pour toutes ces raisons, allant du respect des citoyen(ne)s résident(e)s et des voies démocratiques, à la santé publique et environnementale, de la crise du logement au réchauffement climatique, je m’oppose aux démolitions et souhaite ardemment que ce projet soit revu et puisse être réinvesti par la communauté. Nous avons la chance d’avoir une table de concertation en logement (CMML) unissant les différents organismes communautaires touchés par les enjeux du logement, incluant les paliers de gouvernements. Il y a des possibilités de réhabilitation de ces immeubles afin qu’ils puissent servir aux personnes de la communauté maskoutaine. Je pense entre autres au nouvel acteur de logements abordables, Habitations Maska, qui auraient l’expertise de pourvoir à leur réhabilitation pour les personnes en recherche de logements abordables.

Il ne tient qu’au comité de démolition et à ses membres de nous permettre de parer à des démolitions qui ne font qu’empirer plusieurs crises importantes et problématiques au centre-ville de Saint-Hyacinthe.

Françoise Pelletier, résidente voisine de la rue Saint-François

image