28 juin 2012
Une enquête pertinente
Par: Martin Bourassa

Même si j’ai eu longtemps des doutes sur son utilité, je dois bien admettre que la commission d’enquête sur l’industrie de la construction n’a rien d’une perte de temps. L’exercice est loin d’être futile. Cette commission est plus intéressante à suivre que celle de Bastarache et tout aussi palpitante que celle de Gomery.

publicité

Même si j’ai eu longtemps des doutes sur son utilité, je dois bien admettre que la commission d’enquête sur l’industrie de la construction n’a rien d’une perte de temps. L’exercice est loin d’être futile. Cette commission est plus intéressante à suivre que celle de Bastarache et tout aussi palpitante que celle de Gomery.

Pour ce qui est d’assurer un bon spectacle, Jacques Duchesneau a volé le show avec son témoignage et son enquête bénévole sur les coulisses du financement des partis politiques. Selon lui, 70 % des dons remis aux partis politiques sont de nature illégale. À vue de nez, voilà une bien grosse généralisation. Peut-on réellement mettre tous les partis politiques dans le même sac? Et a-t-il des preuves pour soutenir le chiffre de 70 % ou s’appuie-t-il simplement sur des ouï-dire et des perceptions?En entrevue au journal Le Devoir, M. Duchesneau disait voir la commission Charbonneau comme une bouée de sauvetage pour dépêtrer le Québec et mettre fin à une promiscuité malsaine entre le monde politique et l’univers lucratif des contrats publics. Voilà une attente qui me semble drôlement ambitieuse.Il faudra attendre les conclusions et le suivi à tout cela, mais il y a assurément des choses que l’on devrait changer. On pourrait déjà commencer par sanctionner l’incompétence. Avec les règles actuelles, il semble en effet carrément impossible pour les organismes publics d’écarter des appels d’offres des firmes au rendement insuffisant ou qui traînent une mauvaise réputation. Ce qui expliquerait par exemple qu’une entreprise barrée par une commission scolaire puisse continuer à décrocher des contrats dans d’autres commissions scolaires.À Saint-Hyacinthe, cette situation particulière s’était posée lors de l’agrandissement de l’École professionnelle. À l’époque, l’entrepreneur était à couteaux tirés avec d’autres commissions scolaires et cégeps, mais on ne pouvait faire autrement que de choisir sa soumission, plus basse et jugée conforme. C’est le mauvais côté des octrois de contrats aux plus bas soumissionnaires. Mais quand on forme des comités de sélection et que l’on adopte le système de départage par pointage, on ouvre aussi la porte aux pressions extérieures, à l’arbitraire et aux doutes. Encore plus quand on refuse de rendre publique la ventilation du pointage des soumissionnaires comme ce fut récemment le cas dans le dossier du centre aquatique de Saint-Hyacinthe. La commission Charbonneau risque par ailleurs d’inciter les élus à y penser à deux fois avant de mettre leur prochaine campagne électorale entre les mains d’un organisateur provenant du milieu de la construction. Disons qu’un maire qui ferait son entrée triomphale à l’Hôtel de Ville le soir de l’élection flanqué d’un ingénieur, d’un entrepreneur ou d’un architecte qui profite ou reluque des contrats municipaux risquerait de se faire regarder de travers. Pour sauver les apparences, confier sa campagne électorale à un dentiste, à une coiffeuse ou à un directeur d’école ferait pas mal moins jaser.Reste à savoir si cette campagne serait aussi efficace et rentable par contre!

image