23 octobre 2014
Une entrepreneure maskoutaine piégée par la tempête au Népal
Par: Jennifer Blanchette | Initiative de journalisme local | Le Courrier

La copropriétaire de l’entreprise maskoutaine Happy Yak, Christine Chénard, a été prise au piège la semaine dernière par les blizzards meurtriers ayant frappé l’Himalaya, au Népal. Son groupe et elle s’en sont toutefois sortis indemnes, contrairement à trois Québécoises qui n’ont pas eu cette chance.

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« Quand j’ai su que la tempête avait touché la région où elle était, mon sang n’a fait qu’un tour. C’était assez angoissant », témoigne Guy DuBuc, le partenaire d’affaires de Christine Chénard.

Il a toutefois rapidement cessé d’appréhender le pire grâce aux services d’urgence du gouvernement canadien, qui lui ont confirmé en quelques minutes que Christine Chénard ne figurait pas parmi les victimes.

Avant d’être héliportés dans une zone sécuritaire, Mme Chénard et ses collègues de randonnée, menés par le guide fondateur de l’agence montréalaise Karavaniers, Richard Rémy, ont dû patienter près de 30 heures dans les conditions climatiques extrêmes qui déferlaient sur les falaises himalayennes.

M. Rémy a d’ailleurs critiqué les autorités népalaises pour ce délai interminable, dans une entrevue accordée au Journal de Montréal.

Il estime « criminel » le fait que le gouvernement local ait attendu deux jours avant d’autoriser les pilotes d’hélicoptères à entreprendre les recherches sans permis de vol.

Selon Guy DuBuc, sa partenaire se trouvait à une altitude de 5 500 mètres lorsque la tempête a surpris le groupe en pleine ascension. Ils auraient choisi de rebrousser chemin sur environ 500 mètres et d’attendre l’arrivée des secours.

« Elle m’a raconté qu’au cours de la nuit, la tente pliait en deux en raison du souffle des avalanches. Je crois qu’elle n’avait jamais rien vécu d’aussi intense que cela, surtout que ce n’était pas prévu qu’il tombe autant de neige. Elle était prise dans un véritable whiteout », explique le copropriétaire d’Happy Yak, qui comme Mme Chénard, possède une longue expérience en randonnée et en alpinisme.

Le groupe devait par la suite se reposer durant deux jours dans la ville népalaise de Pokhara avant de déterminer la suite de leur expédition de cinq semaines. « Ils vont changer l’itinéraire, car le risque d’avalanche est encore présent. Retourner dans cette région-là [district du Mustang] serait trop risqué », affirme Guy DuBuc, avec qui Christine Chénard a communiqué par courriel.

La dame qui a déjà vécu à Saint-Hyacinthe avant de s’installer à Sainte-Julie sera de retour en sol québécois à la fin octobre.

Conditions exceptionnelles

Pour l’explorateur Bernard Voyer, qui cumule plusieurs visites en Himalaya, ce malheureux drame s’est produit dans des conditions imprévisibles, découlant du passage d’un typhon en Inde.

« L’automne et le printemps sont les meilleures périodes pour s’adonner au trekking au Népal. C’est 100 % sécuritaire à ce temps-ci. Il n’y a pas de tempête, pas de mousson, ce qui fait en sorte que la région devient accessible pour l’ensemble des voyageurs », souligne cet ancien cadre du Cégep de Saint-Hyacinthe.

Toutefois, en raison de la tempête, cette région généralement sèche à l’automne s’est retrouvée ensevelie sous plus d’un mètre de neige, mettant en danger les nombreux randonneurs qui sillonnaient le pied des plus hautes montagnes au monde.

« Les agences de voyages n’ont pas fait d’erreur en programmant ce trek. C’est une malchance qui s’est abattue sur le Népal et qui ne se reproduira peut-être jamais plus », estime-t-il.

Bernard Voyer compare cette situation exceptionnelle à l’épisode de verglas qui avait frappé le Québec en 1998. « L’impact ne sera peut-être pas trop négatif pour ce type de tourisme. Prenez le verglas; nous n’avons pas tous quitté la Montérégie, car nous savions que c’était un événement exceptionnel et rare. »

Quant aux chances de survie des personnes portées disparues, M. Voyer ne se fait pas d’illusion. « La neige qui dévale les pentes peut atteindre une vitesse de 100 km/h. C’est un véritable bulldozer qui nous entraîne 200 mètres plus loin, au risque de nous déporter vers un ravin plus bas », illustre-t-il.

M. Voyer était heureux d’apprendre que Christine Chénard, avec qui il entretient un lien particulier, se portait bien. L’explorateur est en effet à l’origine de la création de l’entreprise de Mme Chénard, Happy Yak, qui a produit ses premiers repas lyophilisés et déshydratés à la demande de Bernard Voyer, en vue d’une expédition de ski au Pôle Sud.

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