1 octobre 2020
Rencontre avec l’autre soi-même
Une exposition collective et le début d’une nouvelle tendance pour Expression
Par: Maxime Prévost Durand

Les œuvres des artistes Bogdan Stoica, Julie Lequin et naakita feldman-kiss sont regroupées chez Expression dans le cadre de l’exposition Rencontre avec l’autre soi-même, dont la commissaire est Karen Tam. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Avec des diapositives, Bogdan Stoica partage des images mettant en scène des sculptures qu’il a réalisées, des objets aux fonctionnalités insoupçonnées. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Il y avait longtemps qu’Expression n’avait pas présenté une exposition collective, à l’exception bien sûr de sa triennale ORANGE. Mais en voilà une. Elle s’appelle Rencontre avec l’autre soi-même et pourrait représenter le début d’une nouvelle tendance pour le centre d’exposition maskoutain.

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« On va en faire plus [des expositions collectives] à l’avenir », mentionne le directeur général d’Expression, Marcel Blouin. Ce format permet entre autres de présenter les œuvres d’artistes émergents, qui n’auraient pas nécessairement assez de matériel pour habiter tout l’espace du centre d’exposition, mais dont le travail est promoteur.

Bien sûr, les expositions en solo se poursuivront également chez Expression, comme ce sera le cas à l’hiver d’ailleurs, mais le format collectif sera appelé à revenir de façon plus fréquente, surtout à la suite d’une nouvelle entente avec le Conseil des arts du Canada qui prévoit d’autres expositions thématiques.

Mais revenons à notre exposition en cours. Elle regroupe le travail des artistes Julie Lequin, Bogdan Stoica et naakita feldman-kiss, dont la thématique des œuvres se rejoignait, malgré les différents médiums utilisés.

Il s’agit également d’une première expérience pour l’artiste Karen Tam en tant que commissaire, après avoir elle-même exposé quelques fois chez Expression. Selon elle, Rencontre avec l’autre soi-même est une exposition où « tout le monde peut connecter » avec les œuvres, lesquelles vont du dessin à l’audiovisuel, en passant par la sculpture, et dont les thèmes abordés traitent de la quête identitaire et de la famille.

Trois artistes, trois rencontres

On retrouve d’abord Julie Lequin, dont les œuvres semi-autobiographiques et teintées d’humour sont plutôt figuratives et anecdotiques. Elle y traite surtout de la rencontre d’une femme avec son nouveau rôle de mère. Au moyen d’une série d’aquarelles, un médium auquel elle s’est intéressée alors qu’elle était enceinte, l’artiste se met en scène dans son quotidien, ajoutant ici et là des clins d’œil aux défis d’être parent, tantôt drôles, tantôt dramatiques. D’autres dessins, réalisés à la manière de photographies, captent divers petits moments de la vie, puis une maquette dans le coin de la pièce évoque une certaine nostalgie.

S’ajoutent à elle les artistes Bogdan Stoica et naakita feldman-kiss, que la commissaire avait rencontrés dans le cadre du programme de mentorat de l’organisme Les Territoires, visant à accompagner des artistes émergents. Leurs œuvres sont principalement présentées sous forme de vidéos.

Bogdan Stoica propose en œuvre centrale un docu-fiction de 80 minutes mettant de l’avant sa conjointe, Catherine, qui découvre pour la première fois la Roumanie, terre d’origine de l’artiste qui vit au Québec depuis plus de 18 ans. Oeuvre présentée à la manière du documentaire, le cinéaste brouille la distinction entre ce qui est réel ou non. Même que certaines images n’ont pas été tournées en Roumanie, bien que ce soit ce que la projection du documentaire ose prétendre. À son sens, le médium du documentaire ne laisse forcément pas parler la vérité, mais illustre plutôt un point de vue.

Dans l’aire de visionnement, des objets sculptés de ses propres mains sont aussi étalés au sol. Avec le caractère unique de ces sculptures, l’artiste fait questionner le visiteur sur leur fonctionnalité, mais une série de diapositives à l’entrée de la salle donne une partie de la réponse quant à leur utilisation fictive.

Tout au fond, c’est naakita feldman-kiss que l’on retrouve avec un projet né des nombreuses visites à sa grand-mère les fins de semaine. Ces rencontres, qui ont permis à l’artiste d’apprendre des histoires insoupçonnées sur sa famille, se sont transformées en performances. Des vidéos projetées sur deux longues toiles adjacentes, suspendues du plafond jusqu’au sol, accueillent le visiteur. Sur l’une, on peut voir l’artiste, sur l’autre, c’est sa grand-mère. Les deux font la même action, à leur manière, et interagissent avec ce qui s’avère être un symbole de leur histoire familiale. Une autre vidéo plus loin montre l’artiste en train de regarder des photos de famille. Le tout sous une narration anglaise, pièce maîtresse de ce travail, qui a été traduite en français pour la première fois et que l’on peut suivre sur un autre écran.

Rencontre avec l’autre soi-même sera présentée chez Expression jusqu’au 20 décembre.

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