31 mai 2012
Un professeur du Cégep lance le mouvement des casseroles
Une idée qui fait du bruit
Par: Le Courrier

Même Saint-Hyacinthe n’y échappe plus. Tous les soirs, sur le coup de 20 h, le grand tintamarre des casseroles résonne à travers le Québec pour protester contre la Loi 78. À l’origine de la « révolution » des chaudrons : un professeur en science politique du Cégep de Saint-Hyacinthe, qui voit l’espoir dans la mobilisation. Assemblée de cuisine avec François-Olivier Chené.

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Il mijotait l’idée depuis longtemps. Son frère, qui habite au Chili, lui avait parlé du mouvement des casseroles, né au Chili dans les années 70, repris sous les dernières années de dictature d’Augusto Pinochet et dépoussiéré par les étudiants de ce pays l’an dernier, dans leur lutte pour la gratuité scolaire.

« Sous la dictature, aucune manifestation n’était tolérée au Chili. Les casseroles étaient devenues la seule façon de se faire entendre », raconte M. Chené. Loin de lui l’idée de comparer le contexte politique du Québec et du Chili. « Les circonstances sont totalement différentes, mais avec la Loi 78, on franchissait un pas dans une mauvaise direction en interdisait les manifestations spontanées. Il ne faut pas attendre que ce soit pire. »C’est dans la nuit du 17 au 18 mai, alors que les députés débattaient du projet de Loi 78 à l’Assemblée nationale, que François-Olivier Chené a lancé son invitation par l’entremise du réseau social Facebook. Moins de 24 heures plus tard, plus de 1 000 personnes s’étaient déjà jointes au groupe virtuel. « Le vendredi soir, je suis sorti avec un ami dans les rues d’Outremont à 20 h et on a frappé nos casseroles un peu moins de 15 minutes. À deux, taper pendant 15 minutes sur un chaudron, ça paraît assez long. Depuis, j’ai pu l’expérimenter à 1 000 et ça passe beaucoup plus vite! »Dans les faits, le professeur ne rejetait pas la Loi 78 en bloc. Selon lui, l’idée d’imposer une trêve était salutaire pour calmer le jeu. « Mais le reste est inacceptable. On limite le droit à la manifestation, on dicte la conduite des tribunaux et pour couvrir les éléments flous, on s’en remet « au gros bon sens », ce qui semble être une porte ouverte à l’arbitraire. Dans un état de droit, nous sommes tous égaux devant la Loi. Mais avec l’arbitraire, c’est de moins en moins vrai. »Bien sûr, avant les casseroles, il y avait les carrés rouges, un mouvement qui a mobilisé des milliers d’étudiants, quelque soit leur position. « Pour moi, c’est un grand soulagement de voir les jeunes débattre. Qu’ils soient pour ou contre la hausse, les étudiants se sont informés, ils se sont intéressés à la politique et ils en ont parlé. Dans mes cours, l’opinion la plus populaire jusqu’ici, c’était de ne pas avoir d’opinion. Aujourd’hui, ils comprennent certainement mieux comment la politique influence concrètement le quotidien. »Désormais, le mouvement des casseroles a dépassé ses attentes. En cours de route, M. Chené a croisé des gens choqués par son idée. Mais il a aussi rencontré des gens opposés à la grève étudiante et pour la hausse des frais de scolarité qui se joignent aux casseroles parce qu’ils en ont marre de la gestion du conflit étudiant par le gouvernement.« Je le dis humblement, mais je suis fier quand je vois ce que l’idée est devenue. En mon sens, la plus grande réussite de ce mouvement, c’est d’avoir détendu l’atmosphère et d’avoir réuni des gens de toutes les générations. »Le professeur espère maintenant que cet engagement populaire saura survivre à l’effet du temps, pour que les gens se préoccupent dorénavant de la politique et qu’ils accordent plus d’importance aux choix de leurs élus, une fonction qui a été mise à mal selon lui.« Il y a plusieurs députés qui sont là pour les bonnes raisons, tous partis confondus. Mais dans l’univers médiatique actuel, avoir de bons arguments ce n’est pas suffisant. Pour retenir l’attention des médias, ça prend une bonne histoire. »François-Olivier Chené a compris. Aujourd’hui, son histoire fait du bruit.

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