11 février 2021
Forum
Une nouvelle bibliothèque à Saint-Hyacinthe
Par: Le Courrier

L’équipe de bénévoles entourant la création de La Bibliothèque Juvénile en 1954. De gauche à droite, à l’avant, Pauline Archambault, Jean Locas et Louis-Philippe St-Martin. À l’arrière, Henri-Louis Bérard, Alice Breton, Andrée Perrault, Antonio Fiset. Photo gracieuseté

En lisant Le Courrier du 14 janvier et surtout celui du 21, j’ai bien compris qu’une réflexion s’amorçait concernant le nom de la prochaine bibliothèque qui sera sise sur la rue Girouard.

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Y aura-t-il un débat? Il serait souhaitable que le sujet soit bien réfléchi, bien analysé. Je crois qu’il est de ma responsabilité, sinon de mon devoir, en tant que fils du fondateur de la bibliothèque, d’annoncer ma position à ce sujet. Une position avec parti pris, j’entends déjà. Mais je ne suis motivé que par le fond du sujet.

Voici alors la petite histoire de cette bibliothèque que les décideurs ont avantage à connaître ainsi que tous les Maskoutains, surtout ceux qui n’ont commencé qu’après 1981 à utiliser les services de la bibliothèque, car il y avait trente ans d’histoire avant cette année-là. Des années plutôt méconnues.

Jean Locas, dont les implications sociales avaient toujours été vouées aux jeunes Maskoutains (le Camp de Santé de la ligue antituberculose, les Cadets de l’Air, la distribution du lait dans les écoles et d’autres), avait au début des années 50 regroupé quelques femmes et hommes pour collaborer à la création d’une bibliothèque pour les jeunes. Ceux-ci étaient assez bien servis par la société maskoutaine sur le plan récréatif et sportif, mais l’aspect culturel n’était desservi que par les institutions d’enseignement, dont certaines étaient à l’époque parfois mal équipées sinon pas équipées du tout en fourniture de lecture pour leur âge. Même s’il y avait des trésors littéraires bien conservés dans certaines vieilles bibliothèques, ceux-ci, souvent à cause de leur grande valeur, étaient inaccessibles aux élèves.

Afin de favoriser le goût de la lecture et de la recherche, il fallait donc commencer par des livres pour les jeunes – c’est par là que ça commence, disait mon père -, quitte à offrir plus tard le service aussi aux adultes. J’avais alors une douzaine d’années et je commençais à réaliser que mon père était très affairé à créer cette bibliothèque. Il en parlait souvent à table avec ma mère, avait des conversations téléphoniques et allait par les soirs à des réunions à cet effet. Il accumulait des livres recueillis ici et là chez les citoyens qui voulaient bien en donner. J’ai fait moi-même, avec bien d’autres bénévoles, du porte-à-porte bien organisé pour recueillir des dons.

Le projet se développa réellement à partir de sa soumission à la Ville en 1951, jusqu’à la parution des lettres patentes et la fondation officielle de « La Bibliothèque Juvénile » en 1954. Jean Locas et l’équipe de bénévoles (voir photo) soutinrent le projet après avoir engagé une bibliothécaire professionnelle en la personne de Pauline Archambault. Depuis le début, le groupe de fondation et de soutien présidé par Jean Locas avait été appelé « l’Association des Amis de la Bibliothèque de Saint-Hyacinthe ».

Quelque part au milieu des années 50, le premier local fut ouvert dans une toute petite salle au sous-sol de l’hôtel de ville dont l’entrée était sous l’escalier principal sur la rue Girouard. À la suite d’un heureux achalandage des enfants utilisateurs, la bibliothèque déménagea à l’étage du Marché Centre, directement sous le toit dont l’entrée était en arrière sur la rue Saint-Simon. Et quelques années plus tard, à la suite d’un succès évident, un nouveau site fut ouvert à l’école Mercier sur la rue Sainte-Anne au Bourg-Joli, avec une section ajoutée pour les adultes.

Après quelques années encore, au début des années 80, une invitation arriva chez mon père. Il était invité à l’inauguration du tout nouveau local pour la bibliothèque, dans les locaux alors restaurés de l’ancienne Académie Saint-Dominique sur la rue Dessaulles.

De très nombreuses personnes, dont la famille Locas, avaient été invitées. Nous y étions tous, heureux et souriants. La cérémonie débuta selon un protocole classique, discours sur discours, puis arriva le nœud de la réunion qui annonçait… un nouveau nom. J’ai sursauté un peu en apprenant cela. Et je ne fus pas le seul. Deux personnes dans l’assemblée, connaissant bien l’historique de la bibliothèque, sont venues me voir pour témoigner de leur étonnement. Une compagnie d’assurance ayant signé un chèque pour la réalisation des travaux de réaménagement s’était effectivement « assurée » (sans jeu de mots) d’obtenir pour la bibliothèque le nom du fondateur de la compagnie.

Je jetai un œil vers mon père qui était demeuré impassible lors de l’annonce. La bibliothèque venait de prendre un nouveau site et un nouveau nom. Je n’ai jamais su s’il l’avait appris ce jour-là ou avant, et il ne nous en a jamais parlé par la suite. Il faut savoir que Jean Locas n’avait jamais eu d’attentes à ce niveau ni espéré aucune gloire non plus. Mais nous (excluant Jean Locas lui-même), nous n’avons jamais cessé depuis de penser qu’il n’y avait qu’un nom vraiment bien approprié pour la bibliothèque, et vous imaginez facilement lequel…

Mais alors, les sous? On s’en passe?, me direz-vous.

Sûrement pas. Une reconnaissance concrète, à sa juste valeur, se doit d’être mise bien en vue pour tout bienfaiteur qui aidera par un don au développement de l’institution. Mais je crois en même temps qu’on ne devrait pas pouvoir acheter l’histoire en mettant des billets sur la table.

En 2004, on m’invita, en tant que fils aîné du fondateur, à être président d’honneur, organisateur et animateur des fêtes et de l’exposition commémorant la fondation de 1954 ainsi qu’à créer le logo de la Médiathèque maskoutaine, le « Mm ».

Serge Locas, Saint-Hyacinthe

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