28 août 2014
Les anguilles disparues de la Yamaska?
Une photo fait mentir une étude
Par: Benoît Lapierre
Serge Rodier tenant l’anguille juvénile qu’il a pêchée dans le rivière Noire en juillet 2013. Photo Courtoisie de Richard Lebeau

Serge Rodier tenant l’anguille juvénile qu’il a pêchée dans le rivière Noire en juillet 2013. Photo Courtoisie de Richard Lebeau

Les pièges installés au barrage Penman’s par la firme Milieu n’ont pas permis de capturer des anguilles.

Les pièges installés au barrage Penman’s par la firme Milieu n’ont pas permis de capturer des anguilles.

La photo d’une petite anguille pêchée dans la rivière Noire en juillet 2013 rend perplexe face aux conclusions d’une étude scientifique de 30 000 $ qui a été réalisée à Saint-Hyacinthe durant la même période, l’été dernier.

Commandée par la Ville de Saint-Hyacinthe à la demande de Pêches et Océans Canada, cette étude devait porter sur la migration des anguilles juvéniles au barrage Penman’s. Le cas de l’anguille est jugé préoccupant par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, d’où l’étude exigée avant que des travaux importants de réfection soient entrepris au barrage, où se trouve une centrale hydroélectrique exploitée par la société Algonquin Power Fund.

La Ville a confié cette mission aux experts de la firme Milieu, de La Prairie. « Dans le cadre de la sauvegarde de l’anguille d’Amérique, la Ville de Saint-Hyacinthe doit réaliser en 2013 une étude afin de déterminer le comportement de l’anguille juvénile en migration et en estimer le nombre en aval du barrage Penman’s. Selon les résultats obtenus, des mesures pourront être prises afin d’atténuer les impacts de la présence des installations sur l’anguille d’Amérique, » peut-on lire en préambule de ce rapport dont la Ville a transmis une copie au COURRIER, à sa demande.

Des pièges

Le site visé se limitait au bief aval du barrage Penman’s, c’est-à-dire au bras de rivière qui longe le canal d’évacuation de la centrale. Le mandat consistait à installer deux passes-pièges en matière plastique à l’aval du barrage, à y déterminer l’abondance des anguilles, à surveiller leurs déplacements par marquage (entaille de nageoire) et à faire des recommandations concernant l’implantation d’une passe migratoire à anguilles permanente.

Mais comme les chercheurs n’ont pas trouvé une seule anguille juvénile au barrage, aucune mesure particulière n’a été proposée pour aider ces poissons à franchir le barrage dans leur migration vers les eaux douces des rivières à leur retour de la mer des Sargasses, dans l’Atlantique, où a lieu la ponte.

Les pièges sont restés en place du 25 juillet au 6 septembre 2013, l’un près de l’échancrure du canal d’amenée de la centrale et l’autre, très près de l’entrée de la vieille passe à poissons, en rive droite. Ils ont été visités16 fois durant cette période, mais aucune anguille n’a été capturée. « Il est probable que ce résultat correspond à la réalité de la présence de l’anguille juvénile à ce barrage pour la période d’étude en 2013. L’efficacité des pièges ne peut être mise en cause, car ils étaient bien localisés et ils ont bien fonctionné jusqu’au début de septembre. Toutefois, en rive gauche, on peut se demander si l’éclairage de la centrale n’a pas nui à l’efficacité du piège », mentionne-t-on dans l’étude.

Les chercheurs ajoutent que « si l’anguille de la rivière Yamaska est disparue depuis plusieurs années (Caron et al., 2007) à cause de la mauvaise qualité de l’eau, elle n’est peut-être pas encore revenue malgré les améliorations. »

Une anguille

Une prise réalisée au cours de ce même été 2013 laisse toutefois perplexe.

« Mon beau-frère, Serge Rodier, a pêché une anguille pendant qu’il était en visite chez moi, vers la mi-juillet. On en a même pris des photographies », a raconté Richard Lebeau, un résidant de Saint-Pie dont la propriété borde la rivière Noire, à environ deux kilomètres du point de rencontre de ce cours d’eau avec la branche principale de la Yamaska.

M. Lebeau est le concepteur de l’œuvre monumentale qui a été réalisée à partir d’un vieux mécanisme du barrage d’Émileville. C’est d’ailleurs en discutant de barrages avec le journaliste du COURRIER lors de l’inauguration de l’œuvre qu’il a raconté cette histoire de pêche.

Remise à l’eau après la séance de photos, l’anguille juvénile capturée par M. Rodier était passée, obligatoirement, par le barrage Penman’s avant de gagner la rivière Noire. Sa présence à cet endroit est une bonne nouvelle, et la preuve qu’il ne faut pas jurer trop vite qu’il n’y a plus d’anguilles dans le bassin de la Yamaska.

image