4 février 2016
Une piscine de malheur
Par: Martin Bourassa
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Au niveau des systèmes mécaniques et des équipements, on savait déjà que le centre aquatique de Saint-Hyacinthe n’était pas sur la coche.

Même s’il n’a pas encore cinq ans, il n’est pas parti pour bien vieillir puisqu’il semble le faire prématurément. On a déjà changé quelques équipements et apporté des modifications ça et là. La Ville a même cru nécessaire de poursuivre en justice les artisans impliqués dans sa réalisation, à la vue des défaillances rencontrées jusqu’à présent. Le grand public ignorait toutefois que l’aménagement même des bassins de baignade laissait à désirer. Il aura fallu qu’une jeune fille se blesse et intente une poursuite de 600 000 $ pour qu’une ­lumière rouge s’allume quelque part.

Le constat de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) est limpide comme de l’eau : il y a des choses à corriger dans cette ­piscine. À la lecture des avis adressés à la Ville, propriétaire des lieux, on comprend que l’idée d’aménager des rampes et des mains courantes dans la piscine était plus pratique que géniale. Tout comme la ­présence de marches (!) en plein coeur d’un bassin. Si ces équipements peuvent être utiles pour une certaine clientèle, de là à penser que ces défectuosités ­représentent aussi un certain danger, il n’y a qu’un pas. Même l’expert mandaté par l’avocat de la Corporation aquatique maskoutaine (CAM) semble de cet avis. Depuis un an déjà, la Ville est bien au fait des déficiences de sa piscine, mais elle n’a encore rien fait pour corriger la situation à la satisfaction de la Régie. Qu’attend-elle au juste? La CAM et la Ville ont déjà une poursuite de 600 000 $ sur le dos. Et dans la mesure où la RBQ et les experts ­s’entendent au sujet des défectuosités, on serait porté à croire que la Ville n’est pas tirée d’affaire. Loin de là. Ça sent le règlement à l’amiable et une révision à la hausse des dommages déjà réclamés par la Ville aux concepteurs du centre aquatique.

Dans l’immédiat par contre, la Ville et la CAM ne peuvent plus plaider l’ignorance et prétendre que rien ne cloche dans leurs bassins. Après un an de tergiversations, le moment est venu de bouger. La Régie du bâtiment devra peut-être hausser le ton et cesser d’émettre des prolongations de délais. Son rôle n’est pas de protéger les intérêts de la municipalité, mais de voir à la protection des nombreux usagers du centre aquatique. Les assureurs de la Ville devront peut-être s’en mêler. En général, les assureurs ont pourtant l’habitude et la réputation d’être plus prudents que pas assez au niveau des risques potentiels. Leur tolérance a vite ses limites.

Cela dit, quand on regarde le portrait d’ensemble des problèmes qui ont affecté et affectent toujours notre centre aquatique, on ne peut faire ­autrement que de se surprendre que cet équipement ait été finaliste aux Prix ­d’excellence de l’Ordre des architectes du Québec (OAQ), catégorie bâtiment institutionnel, 2013.

Au lieu de s’attarder aux angles de toit, au concept de l’iceberg inversé et à la ­blancheur immaculée des murs, on aurait peut-être dû se soucier davantage du Code du bâtiment et de tout ce qu’il y a autour et dans les bassins.

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