19 août 2021
Aéroport de Saint-Hyacinthe
Une piste non sécuritaire, selon une étude
Par: Jean-Luc Lorry

L’état de la piste de l’aéroport de Saint-Hyacinthe est jugé non sécuritaire, selon une étude réalisée par Octant Aviation pour le compte de la MRC des Maskoutains. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Propriétaire de l’Académie de l’aviation de Saint-Hyacinthe, Sylvain Lussier doit composer avec les fissures grandissantes de la piste de l’aéroport de Saint-Hyacinthe pour y faire voler ses appareils. Photothèque | Le Courrier ©

Une étude gardée confidentielle réalisée dans une volonté de municipalisation des installations révèle que la piste de l’aéroport de Saint-Hyacinthe représente un risque pour les aéronefs qui l’utilisent quotidiennement.

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Ce document d’une vingtaine de pages daté du 16 juillet 2020 avait été commandé cinq mois plus tôt par la MRC des Maskoutains auprès de la firme de services-conseils Octant Aviation de Saint-Hubert au terme d’un appel d’offres. La MRC souhaitait évaluer le potentiel de l’aéroport de Saint-Hyacinthe dans le but d’en faire l’acquisition.

LE COURRIER a obtenu une copie de cette étude par l’entremise d’une demande d’accès à l’information.

Dans son inventaire et état des infrastructures, la firme Octant Aviation pointe du doigt plusieurs équipements, dont la piste qui ne semble plus sécuritaire.

On souligne à l’encre rouge un risque au niveau de la sécurité concernant le revêtement bitumineux de la piste. « La chaussée de la piste a atteint sa durée de vie utile. Le taux de fissuration est élevé et des fissures sévères sont observables. […] Il est recommandé de sceller les fissures importantes dès maintenant et de planifier une réfection majeure de la piste à court terme », indique l’étude.

Ce constat est partagé en partie par Sylvain Lussier, propriétaire de l’Académie de l’aviation Saint-Hyacinthe, une école de pilotage d’avions de type Cessna.

« La piste n’est pas dangereuse pour le moment. Par contre, les fissures vont continuer à s’élargir. On voit que c’est délaissé », mentionne M. Lussier en entrevue au COURRIER. Son école de pilotage est installée à l’aéroport de Saint-Hyacinthe depuis 2018.

Bernard Rouer, propriétaire d’Aviation Rou-air, une école de pilotage d’ultralégers motorisés, utilise également cette piste pour ses aéronefs.

« Il y a énormément de fissures sur la piste. Ça cogne dans les pneus. De l’herbe pousse dans les crevasses. Il y a un déficit d’entretien », note M. Rouer.

Son entreprise offre ses services depuis 20 ans sur le site de l’aéroport. À part la piste qui nécessite un entretien important, Bernard Rouer juge les installations sur le site de bonne qualité. « C’est un site très propre. Je trouve que les installations sont impeccables », souligne-t-il néanmoins.

Pas assez longue

Selon Sylvain Lussier, la piste a été construite sur un axe qui ne permet pas de l’allonger et ainsi accueillir des avions d’affaires. Chose possible à l’aéroport de Bromont et à celui de Drummondville.

Sur ce point, l’étude de la firme Octant Aviation précise que la piste ne pourrait pas être prolongée sans entrer en conflit avec le chemin de fer (surface d’approche et décollage nord) et la route 116 (surface d’approche et décollage sud).

La piste de l’aéroport de Saint-Hyacinthe est longue de 3823 pieds comparativement à 6003 pieds pour celle de l’aéroport de Drummondville (propriété de la Ville) et 5004 pieds pour celle de l’aéroport Roland-Désourdy (propriété de Bromont, Cowansville et Granby).

Dans son diagnostic, Octant Aviation a détecté d’autres problématiques pouvant représenter un risque pour la sécurité. L’aire de sécurité autour de la piste possède une capacité portante trop faible pour recevoir un aéronef en cas de sortie de piste. On observe un risque important pour les aéronefs en raison du dénivelé du profil de la chaussée de la piste. Le balisage lumineux est présent, mais non sécuritaire et non standard.

Point positif et non le moindre : l’aéroport de Saint-Hyacinthe est le seul au Québec à disposer d’un bassin d’eau artificiel pour permettre l’amerrissage d’un hydravion.

Toujours selon l’étude, le modèle économique de l’aéroport est fondé en majorité sur la vente de fuel. En 2019-2020, les ventes de fuel totalisaient près de 300 000 $ comparativement à 50 000 $ de loyers et de redevances pour l’utilisation de la piste.

La firme Octant Aviation évalue la mise à niveau du site à un montant de 2,9 M$ sur 10 ans.

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